Et l’agent doté de puissance, lorsqu’il n’accomplit pas une chose parce qu’il ne la veut pas, n’en demeure pas moins capable de l’accomplir ; il en va autrement lorsqu’il s’en abstient parce qu’il en est dépourvu de capacité. Celui qui possède la puissance peut réaliser tour à tour l’un ou l’autre des deux contraires et les vouloir successivement ; mais les accomplir simultanément est, par essence, impossible.
Si l’action de l’agent puissant dépendait de l’aide d’un autre, ou se trouvait empêchée par un autre, il ne serait pas puissant par lui-même. C’est là l’un des signes de l’Unicité (tawḥîd), car le Seigneur doit nécessairement être puissant par Lui-même ; il est impossible que Sa puissance provienne d’autrui. Il est tout aussi impossible que deux agents parfaitement autonomes convergent sur un même acte : la capacité de l’un serait alors conditionnée par l’absence de la capacité de l’autre au moment même où le premier est capable, car deux puissances parfaites ne sauraient se réunir sur un seul acte, pas plus que deux agents indépendants ne sauraient accomplir conjointement une œuvre unique. Ce point est développé en détail ailleurs.
La présente intention est de montrer que, si l’on supposait que Sa puissance, Sa volonté et tout ce dont dépend l’acte demeurent, au moment même où l’acte se produit, dans le même état que lorsqu’il ne se produit pas, cela serait nécessairement impossible ; il en est ainsi pour toute cause efficiente parfaite. L’état de l’acte doit impérativement se distinguer par quelque chose qui n’existe pas à l’état de non-acte.
Quant aux pieux prédécesseurs (salaf), aux imâms et aux illustres maîtres du ḥadîth qui affirment qu’Allah n’a jamais cessé de parler quand Il le veut et que les actes volontaires n’ont jamais cessé de se réaliser en Lui, aucune des contradictions adressées aux diverses écoles de kalâm et de philosophie ne les atteint.