La disposition innée (al-fitrah) rejette l’idée que deux puissances soient égales alors que l’une d’elles s’accompagne de la volonté, avec bien plus de force qu’elle ne récuse le retard de l’effet par rapport à sa cause. Que dire, dès lors, si l’on affirme que la puissance et la volonté, au moment même où l’acte survient, demeurent dans le même état que celui qui était le leur avant que l’acte ne se produise, et que l’acte serait advenu sans qu’aucune réalité nouvelle n’ait surgi ?
Car il est inscrit dans la fitrah de dénoncer une telle thèse ; elle sait en effet qu’au moment où l’acte apparaît, la cause efficiente doit être complète, faisant de l’agent un être animé d’une volonté ferme et doté d’une puissance parfaite. En présence d’une puissance achevée et d’une volonté déterminée, l’objet visé et voulu doit nécessairement se concrétiser.
Il ne fait aucun doute qu’Allah est pleinement capable de toute chose, ainsi que le proclame le Coran à maintes reprises ; Sa puissance est inséparable de Son Essence, et c’est la possibilité intrinsèque de la chose qui en constitue le support. Elle ne se restreint donc pas à un possible plutôt qu’à un autre. En revanche, ce qui est impossible par soi-même n’est, de l’avis unanime des gens doués de raison, pas une chose ; il est donc inconcevable qu’il existe en dehors de l’esprit. Il est en effet impensable qu’une même réalité soit simultanément existante et inexistante, ou à la fois en mouvement et immobile, que les différentes phases d’un mouvement successif soient réunies en un seul instant, ou que le jour coexiste avec hier et demain, et autres impossibles de cette nature.
De tels impossibles n’entrent pas dans la portée générale des versets. Quant à ce qui est impossible pour une autre raison – à savoir ce qu’Allah sait ne pas se produire, a annoncé qu’il ne se produirait pas et a inscrit qu’il ne se produirait pas –, cela n’advient pas, faute de Sa volonté, et parce qu’Il a décrété qu’il n’advienne pas : « Ce qu’Allah veut se réalise, et ce qu’Il ne veut pas ne se réalise pas. » Ainsi, s’Il l’avait voulu, Il l’aurait fait, comme le révèle le Coran en plusieurs passages : « Si Allah avait voulu, Il aurait accordé à chaque âme sa guidée » et « Si Allah avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté », ainsi que d’autres versets semblables.