Parmi ces incohérences :
– Ils ont soutenu que l’agent doté de libre choix peut faire advenir les événements sans volonté, car sa volonté, selon eux, est elle-même contingente et ne procède d’aucune volonté préalable ; la volonté, disent-ils, n’est pas intrinsèque à Son Essence, mais survient par l’action d’un producteur. Or, si l’on admet qu’un événement puisse être créé sans volonté, il devient tout aussi admissible qu’un autre le soit également ; c’est pourquoi ils se sont divisés au sujet de la volonté du Très-Haut.
– Les Bagdadiens parmi les Muʿtazila, rejoints par ceux des Râfiḍa et des juifs qui partagent leur avis, l’ont purement et simplement niée ; les Basriens, quant à eux, ont affirmé l’existence d’une volonté contingente dépourvue de lieu. Ils se trouvent ainsi contraints d’admettre qu’un attribut — voire un accident — puisse subsister par lui-même, absurdité patente qui abolit la notion même de finalité. Et si l’on permettait pareille impossibilité, il deviendrait également permis d’affirmer une parole sans lieu, une science sans lieu et une puissance sans lieu.
– De plus, ils ont reconnu l’existence d’un être contingent sans volonté.
– Ils ont encore considéré qu’un Être vivant peut vouloir au moyen d’une volonté qui ne subsiste pas en Lui, tout comme ils L’ont considéré parlant par une parole qui ne subsiste pas en Lui ; et, si cela était permis, il le serait aussi qu’Il sache par une science qui ne subsiste pas en Lui, qu’Il soit puissant par une puissance qui ne subsiste pas en Lui, qu’Il vive par une vie qui ne subsiste pas en Lui, et ainsi de suite.
Parmi ce qui démontre davantage la corruption de la distinction qu’ils avancent, on peut dire : vous avez établi que, lors de l’apparition de l’objet voulu par la puissance, la puissance et la volonté doivent nécessairement exister, et qu’il est impossible que l’objet voulu existe par une puissance ou une volonté qui le précèdent ; vous avez ainsi réfuté l’opinion des Qadariyya en soutenant qu’elle impliquerait la survenue d’un événement par quelque chose d’inexistant. Or, si l’on admet qu’au moment même de l’apparition de l’objet voulu la volonté — ou la puissance — est inexistante, il faut alors qu’elle existe à ce moment-là