Mais ce que les hommes savent d’eux-mêmes, c’est que la volonté qu’a l’être humain de l’un des deux objets n’est pas sa volonté de l’autre, qu’ils se ressemblent ou qu’ils diffèrent ; à plus forte raison ne s’agit-il pas d’une unique volonté dont la relation aux deux équivalents serait identique tout en donnant la prépondérance à l’un d’eux sans déterminant. Et s’il était admissible de prétendre que cette volonté existe en lui et qu’elle privilégie l’un de ses deux objets identiques sans déterminant, il serait tout aussi admissible d’affirmer que l’âme même de l’homme fait prévaloir la volonté de ceci sur la volonté de cela sans déterminant.
Dès lors, la survenue de la volonté ne dépendrait d’aucune cause extérieure à la personne ; celle-ci pourrait, par elle-même, susciter telle volonté plutôt que telle autre, sans aucun déterminant.
C’est là précisément la doctrine des Qadariyya : ils soutiennent que l’homme produit sa volonté sans (préalable) volonté, que la volonté n’a pas de cause, et ils avancent la même chose au sujet de l’Éternel, prétendant qu’Il fait advenir la volonté sans (préalable) volonté.
Or, même lorsqu’ils poussent leur thèse jusqu’au bout, celle-ci se révèle viciée à plusieurs égards :
- Ils admettent l’existence d’événements sans Originateur parfait, d’effets sans Cause efficiente parfaite, et de possibles sans déterminant complet.
- Ils accordent la préséance à l’un de deux équivalents sur l’autre sans déterminant ; assertion dont la fausseté est apodictique, et qui, de surcroît, leur ferme la voie menant à l’établissement de l’existence du Créateur.
- Ils particularisent l’un des deux instants temporels identiques pour l’apparition du contingent sans déterminant, et l’objection vaut de la même manière.