Ils admettent que, dans le monde, il peut exister par lui-même des réalités tenant au libre arbitre, telles que la volonté, la parole ou autres ; pourtant ils prétendent que, dans leur commencement même, les événements contingents sont survenus sans cause nouvelle. L’objection que l’on leur oppose au sujet de l’apparition initiale de ces événements est donc la même que celle qu’on adresse aux autres lorsqu’il s’agit du détail de ces événements.
Quant aux Muʿtazila et, plus largement, aux autres Qadariyya, leur doctrine quant à l’influence causale est unique : l’agent capable et doté de libre choix fait prévaloir l’un de ses deux possibles sur l’autre sans déterminant préalable.
Ceux – tels Abû ʿAbd Allâh al-Râzî et d’autres – qui les ont disputés, tout en débattant également avec les philosophes selon le principe des Kullâbiyya, lorsqu’ils affrontaient les Qadariyya parmi les Muʿtazila et autres, argumentaient que l’agent libre ne fait pas pencher l’action plutôt que l’abstention sans déterminant, et ils déclaraient que la prédominance de l’agir du serviteur sur son non-agir dépend d’un déterminant complet impliquant nécessairement l’existence de l’effet.
Mais, lorsqu’ils débattaient avec les philosophes sur la question de la création du monde, ils affirmaient alors que l’agent libre peut faire prévaloir l’un des deux possibles dont il dispose sur l’autre sans aucun déterminant. Ils prétendaient qu’un déterminant complet ne rend l’effet inéluctable que si l’agent « produit par essence » (mûjib bi-dhât) ; s’il agit par choix (fâʿil bi-l-ikhtiyâr), il n’en est pas ainsi. Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à revendiquer un savoir intuitif établissant la différence entre la préférence exercée par celui qui produit par essence et celle de l’agent qui agit par choix.
Il s’agit là d’une contradiction manifeste pour qui la saisit : si la distinction est valable, leur argument contre les Qadariyya – Muʿtazila et autres – s’effondre, et il en résulterait la possibilité que le serviteur produise son acte sans cause nouvelle, puisque l’agent libre ferait prévaloir l’un de ses deux possibles sans déterminant ; mais si la distinction est invalide, leur réponse aux philosophes s’avère caduque. Il faut donc nécessairement conclure à l’une de ces deux conséquences : ou bien l’annulation de leur preuve contre les premiers, ou bien l’invalidation de leur réplique aux seconds.