Il s’agit là d’une erreur manifeste : en vérité, l’Essence n’exige que le genre même de l’influence, non son instance particulière. Ainsi, quand bien même l’on admettrait qu’Elle n’a jamais cessé d’agir, produisant une chose après l’autre, aucune de Ses productions n’en serait pour autant éternelle ; tout ce qui est distinct d’Elle est, nécessairement, créé, advenant après n’avoir pas été, même si Son agir relève des attributs inséparables de Son Essence.
Quant à ceux qui, s’opposant aux précédents, ont voulu établir la survenance de tout ce qui est autre qu’Allâh, ils ont cru qu’une telle affirmation impliquait qu’Il fût auparavant inactif, incapable d’agir, et que le fait d’être Créateur ne pouvait se concevoir qu’à cette condition. Ceux-là ont donc établi la négation du genre même de l’action, tandis que les autres ont affirmé l’éternité de l’individu de l’action. Or, aucun d’eux ne dispose de la moindre preuve en ce sens ; leurs arguments ne démontrent que la permanence du genre, non celle de l’individu de l’acte ni celle du produit lui-même. Et si, par impossible, leur démonstration valable impliquait l’éternité de l’acte et du produit en tant qu’individus, l’apparition de quelque contingent que ce soit deviendrait impossible, ce qui contredit l’évidence.
Il s’ensuit donc que ce qui est inhérent à Son Essence, c’est le genre de l’acte, non un acte déterminé ni un produit déterminé ; dès lors, aucune réalité éternelle ne se trouve dans le monde. Il ne saurait donc exister, de toute éternité, une influence parfaite sur une chose du monde ; mais Il n’a cessé d’exercer une influence parfaite sur une chose après l’autre. Chaque effet se manifeste lorsque la perfection de l’influence est réalisée à son égard, et la cause de cette perfection n’est autre que l’Essence, dès lors que les conditions sont réunies et que les empêchements sont levés.
Une telle conception ne convient qu’à une Essence au sein de laquelle résident les réalités du libre choix, qui agit par puissance et volonté, et qui se caractérise également, selon le témoignage des Messagers, par le fait qu’Allâh aime et déteste, agrée et se courrouce, répugne et se réjouit, ainsi que par tout ce qu’attestent le Livre et la Sunna. En revanche, s’il n’existait qu’un état unique, de toute éternité et pour l’éternité, et que l’on supposât qu’il en résulte un effet, celui-ci devrait nécessairement demeurer, lui aussi, dans un état unique, de toute éternité et pour l’éternité.