Premièrement : le raisonnement que l’on tient au sujet de la survenue de ces événements contingents – mouvements, volontés et représentations – est exactement le même que celui que l’on applique à ce qui est engendré par eux. Dès lors, l’Être ne peut être un agent parfait à leur égard qu’à la condition qu’il lui advienne quelque chose qui le rende tel ; or, d’après leur propre doctrine, rien de contingent ne survient en Lui. Il n’est donc, à aucun moment, un agent parfait pour quelque événement contingent que ce soit.
Deuxièmement : on dira que le premier événement contingent ne saurait être ce par quoi l’agent devient parfait à l’égard de ceux qui lui succèdent. En effet, la perfection de l’agent – qu’on la qualifie de condition, de partie constitutive, d’absence d’empêchement ou de tout autre terme – doit nécessairement être présente en même temps que l’effet, puisque l’hypothèse veut que la cause complète accompagne son effet et que l’effet accompagne l’agent parfait. Si l’on supposait qu’une partie de ce qui parachève l’agent existe avant l’effet mais fait défaut lorsqu’il se produit, il s’ensuivrait que l’agent parfait n’est pas présent quand l’effet l’est, et que l’effet n’est pas présent quand l’agent parfait l’est ; il existerait plutôt au moment où manque une partie de ce qui parachève l’agent.
Or l’hypothèse est contraire à la réalité ; c’est pourquoi l’existence de la cause complète est requise concomitamment à l’existence de l’effet. Si tu le préfères, dis : l’agent parfait doit être présent lorsque l’acte advient ; ou, si tu veux, l’agent efficient parfait lorsqu’apparaît l’effet.
Objection : On pourrait rétorquer que l’efficacité de l’Éternel à l’égard du second événement est subordonnée à l’inexistence du premier, et que cette inexistence coïncide avec la survenue du second ; la condition ne serait donc pas simplement l’apparition du premier, comme le prétendent ceux qui affirment qu’Il n’a cessé de parler lorsqu’Il le veut et d’agir, par Sa volonté, produisant les choses l’une après l’autre.