La survenue même de cet acte, et le raisonnement relatif à l’apparition de la perfection de cette influence, sont identiques au raisonnement concernant cet effet advenu ; il faut donc nécessairement remonter jusqu’au Premier Agent : un état nouveau Lui advient, qui requiert la perfection de l’influence au moment où chaque effet apparaît, quand bien même la perfection de cette influence relèverait de Sa propre essence. Si Son essence veut qu’Elle réalise une chose après l’autre, c’est bien Elle qui, par Elle-même, agit d’abord pour ceci, puis pour cela, puis pour cela encore ; nul autre qu’Elle ne La rend agente, car cet « autre » serait l’une de Ses créatures : c’est Elle qui l’a fait créature. Il n’existe donc que l’Agent et Ses créatures, et aucune de Ses créatures ne provient d’un autre que Lui.
Ceci est concevable rationnellement, contrairement à l’hypothèse selon laquelle Il ferait surgir en permanence des espèces diverses d’événements tandis que Son état, lorsqu’Il fait advenir tel événement, serait le même qu’avant cette survenue. Si cette hypothèse était admissible, il serait alors admissible qu’Il ne soit pas agent puis qu’Il le devienne sans qu’aucun état nouveau n’apparaisse. Or, si l’on juge impossible qu’Il agisse après n’avoir pas agi sans qu’aucun état nouveau ne survienne, il est tout aussi impossible qu’Il produise cet effet-là après n’en avoir pas été l’agent, sans qu’aucun état nouveau ne survienne.
Ainsi, ils ont reproché à leurs adversaires la survenue d’un événement issu de l’Éternel sans cause nouvelle, alors que leur propre doctrine implique que tous les événements successifs et variés procèdent de l’Éternel sans cause advenante, qu’ils posent qu’ils surviennent par l’intermédiaire de l’intellect ou sans cet intermédiaire — l’intellect étant, selon eux, inséparable de Son essence et ne recevant en lui-même absolument aucun événement.
Il ressort donc que la doctrine vers laquelle ils se sont réfugiés est plus fausse et plus contradictoire encore que celle de leurs adversaires, doctrine dont ils se sont détournés. En effet, si la survenue des événements à partir de l’Être éternel nécessaire par Essence, sans survenue d’une cause, était possible, alors la thèse de leurs contradicteurs serait elle aussi possible, et leur preuve de l’éternité d’une partie du monde s’effondrerait. Et si cette survenue est impossible, leur propre doctrine est plus invalide encore que celle de leurs contradicteurs.