Il existe deux voies. Les polémistes qui soutenaient l’éternité du monde – parmi les dahriyya issus des Grecs, disciples d’Aristote et autres – nourrirent l’espoir qu’en démontrant l’impossibilité pour le monde de survenir après une éternelle inaction intrinsèque, ils réduiraient leurs contradicteurs au silence et établiraient l’éternité du monde ainsi que celle des sphères célestes, conformément à la doctrine d’Aristote.
Ibn Sînâ déclare : « L’intellect pur, qui jamais ne s’est trompé, sait que si nous supposons une essence inactive, qui n’agissait pas, puis qu’elle agit après n’avoir pas agi, il faut nécessairement qu’il se soit produit quelque chose : soit une puissance, soit une volonté, soit une cause quelconque. Et si l’état dans lequel elle n’agit pas est identique à l’état qui la ferait agir, il s’ensuit qu’elle n’agira pas ; or, nous posons qu’elle agit, ce qui conduit à la réunion de deux contraires. Cette contradiction n’apparaît que parce que nous avons supposé une essence privée d’acte. Si cette supposition est invalide, son opposé est vrai. »
Cependant, cette argumentation n’établit ni l’éternité du monde, ni celle d’aucune de ses composantes, ni l’éternité d’un acte déterminé ou d’un produit déterminé. Bien au contraire, elle montre l’impossibilité que quoi que ce soit du monde soit éternel, même si l’on conçoit des actes successifs : si l’état de l’Essence, dans l’infini, est identique à Son état dans l’éternité passée, sans variation, il s’ensuit que ce surgissement particulier ne peut émaner d’Elle, car Elle existait tandis que ce surgissement n’existait pas, et Elle est maintenant telle qu’Elle était alors ; il s’ensuit donc que ce surgissement n’advient pas.
Et si l’on objecte : « Des éléments nouveaux sont apparus dans le monde, rendant celui-ci prêt à agir », on répond : le raisonnement relatif à cette nouveauté est identique à celui qui concerne toute autre chose ; il est impossible qu’un fait nouveau survienne alors que l’état de l’Essence, au moment même de sa survenue comme avant celle-ci, demeure inchangé, que cette survenue se produise avec intermédiaire ou sans intermédiaire ; car tout événement contingent requiert, pour advenir, la perfection de l’influence au moment