Après qu’aucun événement ne se fût produit selon cette hypothèse, leur prétention à l’éternité du monde s’effondre. Il apparaît ainsi qu’il est impossible, tout en admettant la survenue des contingents, qu’il existe de toute pré-éternité une cause efficiente complète.
Et si l’on objecte que la production du second dépend du premier, puis du troisième, et ainsi de suite, nous répondons : au moment même où un seul événement survient, l’Auteur n’est pas cause efficiente complète ; bien plutôt, à chaque instant, il faut qu’advienne un contingent par lequel se réalise son statut de cause efficiente complète. Or, si à aucun instant Il n’est cause efficiente complète, l’existence d’une cause parfaite dont l’influence ne dépend d’aucun événement devient impossible ; et, la cause parfaite étant récusée, l’affirmation de l’éternité du monde l’est également.
Pour éclairer cela au moyen même de leurs propres propos, ils affirment : « Pourquoi ne pourrait-on pas dire que l’Être nécessaire répand une effusion universelle, si ce n’est que la survenue de l’effet dépend de la préparation des réceptacles ? » Or l’acquisition de ces diverses dispositions dans les réceptacles dépend des mouvements célestes et des conjonctions planétaires, chacun de ces phénomènes étant précédé d’un autre, sans commencement. C’est, disent-ils, pour cette raison que le changement est apparu dans le monde.
On leur réplique : si la manifestation de l’effet, auprès de Lui, dépend de la préparation des réceptacles, et si l’obtention de ces dispositions dépend des mouvements et conjonctions, ces mouvements et conjonctions sont eux-mêmes contingents, tout comme les dispositions. Le raisonnement concernant la survenue de ces événements est identique à celui qui porte sur ce qui se déverse vers les réceptacles inférieurs : tout, en effet, est contingent. Leur argument implique donc qu’il ne devrait rien se produire, puisque la cause efficiente complète subsiste éternellement sans commencement.