Et telle est l’opinion de nombreux théologiens, traditionnistes et jurisconsultes, parmi les disciples d’Abû Ḥanîfa, d’Aḥmad, d’Ach-Châfiʿî et d’autres encore.
Le troisième [type d’attribut] est celui qui subsiste dans l’Essence du Seigneur tout en relevant de Sa Puissance et de Sa Volonté ; il appartient donc aux attributs essentiels, puisqu’il réside dans l’Essence, et aux attributs d’acte du fait de son lien à la Volonté et à la Puissance. La Parole, pour ce troisième courant, relève précisément de cette catégorie.
Lorsque l’on saisit l’origine, textuelle et rationnelle, de la confusion des hommes au sujet de la Parole d’Allâh, on comprend qu’il en va de même pour Ses actes. En effet, ceux – comme les Muʿtazilites et leurs semblables – qui n’admettent que deux possibilités, à savoir l’éternité absolue ou la création séparée, tout en affirmant qu’Allâh est Créateur de toute chose, ont fini par conclure, du fait qu’Il est Créateur de tout, qu’Allâh serait demeuré, de toute éternité et sans commencement, privé d’acte – ou d’acte et de parole – puis qu’Il aurait agi ou parlé sans cause première l’exigeant. Nombre d’entre eux ajoutent qu’Il redeviendra, pour l’éternité future, inactif et silencieux : Il ne faisait ni ne disait rien, puis Il ne dira ni ne fera plus rien, l’intervalle où Il a parlé et agi n’étant, selon eux, qu’une période limitée aux deux extrémités. Ils considèrent cet enseignement comme la religion même des Messagers, telle que transmise par les Livres et portée par les envoyés, et traduisent la prédication des Prophètes en ces termes, suivant leur compréhension : « Le monde est créé ; et le monde, c’est tout ce qui est autre qu’Allâh. »
Cela signifie, pour eux, qu’Allâh serait demeuré perpétuellement privé d’acte et de parole jusqu’à ce qu’Il créât le monde sans aucune cause, la seule Essence du Tout-Puissant, doté de libre choix, penchant alors pour l’un de deux équivalents sans motif aucun, comme l’affamé à qui l’on présente deux miches, ou le fugitif lorsqu’il lui apparaît