Je n’ai pas trouvé, quant à moi, qu’ils aient jamais rapporté l’obligation, en langue arabe, de qualifier la chose de « créée » ; le différend qui les oppose à ce sujet est purement spéculatif. C’est de là qu’est né le trouble chez les gens à propos de la question de la Parole d’Allāh et de Ses actes : ils projettent sur ce qu’ils entendent leur propre usage linguistique, si bien que beaucoup se sont trompés dans la compréhension des propos des Anciens (Salaf) et des imâms, et même dans la compréhension des paroles d’Allāh et de Son Messager. Celui qui veut saisir l’intention d’un locuteur doit revenir à sa langue et à la coutume par laquelle il s’exprime, et ne pas interpréter son propos à travers l’habitude linguistique qui est la sienne ; combien d’erreurs sont ainsi survenues chez qui n’est pas versé dans l’intention et la langue du locuteur !
Il en est ainsi de ce qui a frappé nombre de gens au sujet de Sa parole :
« Il ne leur vient aucun rappel de la part de leur Seigneur qui soit muḥdath »
(Sourate al-Anbiyâ’ : 2).
Ils ont cru que les termes muḥdath (nouvellement advenu) et qadîm (ancien) dans la langue arabe du Coran correspondaient à leur acception technique chez les théologiens : est muḥdath, selon eux, tout ce dont l’existence a un commencement et a été précédée par le néant ; puis ils ont débattu pour savoir si ce qui précède autre chose pouvait être qualifié de qadîm, au sens propre ou au sens figuré, suivant deux avis.
Or, dans la langue dans laquelle le Coran a été révélé, qadîm s’oppose simplement à muḥdath ; il s’agit là de notions relatives : ce qui est antérieur à autre chose est qadîm par rapport à ce muḥdath, et ce qui vient après est muḥdath par rapport à ce qadîm, quand bien même tous deux seraient muḥdath par rapport à ce qui les a précédés, et qadîm par rapport à ce qui leur succède. Dans le vocabulaire coranique, le terme qadîm n’est employé que pour désigner ce qui précède autre chose, même s’il a lui-même été précédé par l’inexistence ; cependant, ce qui n’a jamais cessé d’exister mérite plus encore le qualificatif d’« ancien ».