Il est manifeste que, lorsqu’il ne se trouve au sein d’un ensemble aucun être existant par lui-même, l’ensemble, à plus forte raison, ne saurait exister par lui-même ; en effet, le tout dépend de chacun des éléments singuliers. Or, si chacun de ces éléments est dépendant, contingent et dépourvu d’existence propre, l’ensemble qui dépend d’eux est, à plus forte raison, dépendant et encore moins apte à exister par lui-même.
Un enchaînement infini d’êtres dépendants et inexistants n’aboutit qu’à la multiplication des inexistants ; il s’agit, en réalité, d’un enchaînement d’impossibilités, car ce qui n’existe qu’à la condition que quelque chose d’inexistant advienne est impossible. Concevoir une série d’étants tous produits, sans qu’il s’y trouve autre chose qu’un produit, alors même qu’aucun agent distinct d’eux ne serait posé, est nécessairement impossible ; et la multitude d’impossibles dépendants n’implique en rien la possibilité de l’un quelconque d’entre eux, encore moins leur existence.
De même, un enchaînement à l’infini touchant l’origine même de l’efficacité est comparable à un enchaînement touchant l’origine de la causalité : il faut impérativement qu’il y ait un agent vivant, savant, puissant, voulant et agissant par lui-même. Il est donc irrecevable d’affirmer qu’un être ne devient agent d’une chose qu’après qu’un autre l’aura rendu agent, et que cet autre ne devient agent qu’après qu’un autre encore l’aura rendu agent, indéfiniment ; il est indispensable d’établir l’existence d’un agent par lui-même, qu’aucun autre n’a rendu agent. C’est semblable à l’énoncé absurde : « Il n’existe pas tant qu’il n’existe pas. »
De même, il n’est pas permis de déclarer : « Il n’agit qu’après avoir su », tandis qu’« il ne sait qu’après qu’un autre l’aura instruit », et que cet autre ne sait qu’après qu’un autre encore l’aura instruit, à l’infini ; il faut nécessairement un Savant par lui-même. Il est tout aussi inadmissible de soutenir : « Il n’est capable qu’après qu’un autre lui aura conféré la capacité », et que cet autre n’est capable qu’après qu’un autre encore la lui aura conférée, sans fin ; il faut inéluctablement un Capable par lui-même.
Il en va de même lorsque l’on prétend : « Il ne sera agent qu’à la condition d’être déjà agent, il ne sera nullement savant qu’à la condition d’être déjà savant, il ne sera nullement capable qu’à la condition d’être déjà capable ; alors… »