Aucun d’eux n’a jamais prétendu qu’Allâh se serait nouvellement vu attribuer la qualité de Parlant après en avoir été dépourvu. Pas un seul n’a contesté la permanence de l’acte divin, ni le fait qu’Il ne cesse d’être — de toute éternité — Celui qui parle lorsqu’Il le veut. Au contraire, ils ont affirmé qu’Allâh parle avec une voix et qu’Il appelle d’une voix, ainsi que l’attestent les textes révélés. Cependant, ils n’ont jamais soutenu qu’Il parle sans Sa puissance ni Sa volonté ; plusieurs d’entre eux — l’imâm Aḥmad, entre autres — l’ont même énoncé expressément, et tous les autres l’admettent.
Nombre de ces savants, tels Sufyân b. ʿUyaynah, Aḥmad b. Ḥanbal, Nuʿaym b. Ḥammâd, al-Buwayṭî, disciple d’al-Shâfiʿî, et d’autres encore, ont argué que le Coran est incréé en se fondant sur la parole d’Allâh :
« إِنَّمَا أَمْرُهُ إِذَا أَرَادَ شَيْئًا أَنْ يَقُولَ لَهُ كُنْ فَيَكُونُ »
(Sourate Yâ-Sîn, v. 82)
Son ordre, lorsqu’Il veut une chose, consiste seulement à lui dire : « Sois ! », et elle est.
Si donc le mot « Sois ! » (Kun) était créé, il s’ensuivrait qu’aucune créature ne pourrait exister, car ce « Sois ! » devrait à son tour être créé par un autre « Sois ! », et ainsi de suite, de sorte qu’il n’existerait absolument rien.
Certaines personnes qui n’ont pas sondé la profondeur de leurs propos ni compris la réalité des choses peuvent imaginer que, par là, ils entendent réfuter toute forme de régression à l’infini et que cela contredirait l’affirmation qu’Allâh n’a cessé d’être Parlant quand Il le veut, y voyant ainsi une contradiction. Il n’en est rien : la régression à l’infini est de deux espèces.
La première est une régression au niveau des causes productrices ; celle-ci est unanimement rejetée. La seconde concerne les effets produits ; sur celle-ci, les théologiens sont partagés : nombre d’entre eux l’admettent, tandis que d’autres la refusent. La parole des imâms repose sur l’avis de ceux qui la jugent recevable, et ils distinguent clairement les deux catégories.
En effet, une régression à l’infini dans les causes productrices impliquerait que rien n’existe : si cette chose n’existe pas avant qu’une autre n’existe, et si cette autre n’existe pas avant qu’une troisième n’existe, et ainsi de suite, on se retrouve à postuler une série d’êtres, tous survenus après le néant, tous dépendants d’un agent qui les fasse être, sans qu’il y en ait un seul qui produise quoi que ce soit par lui-même, ni même qui existe par lui-même.