Quant à nous, nous affirmons qu’Il est, de toute éternité, capable d’agir, alors même que nous sommes tous d’accord pour dire qu’un acte effectivement survenu dans l’éternité passée est impossible.
Nous avons donc affaire à quatre – voire cinq – groupes parmi ceux qui déclarent que le Coran est incréé ; les autres sont les khalqiyya, c’est-à-dire les partisans de sa création.
Quant aux philosophes qui professent l’éternité du monde, ainsi qu’à ceux qui les ont rejoints parmi les libre-penseurs issus des mutakallimûn et des soufis, ils soutiennent qu’Allâh ne possède pas de Parole distincte des âmes des prophètes ou d’autres créatures ; Sa Parole, selon eux, n’est rien d’autre que ce qu’Il fait apparaître en elles.
Il est pour le moins étonnant qu’ils aient fui l’affirmation de l’éternité de Ses attributs, pour finalement déclarer éternel et inséparable de Son Essence Son acte pourtant extérieur à Lui. Or, il est évident que la pré-existence des attributs est plus conforme à la raison que celle des effets. Si donc il est permis, selon eux, qu’un effet séparé de Lui soit inséparablement lié à Son Essence, au point que l’Être nécessaire par Lui-même demeure indissociable de corps distincts de Lui, pourquoi ne Lui serait-il pas, à plus forte raison, indissociablement lié d’attributs éternels ?
On leur dira encore : pour vous, rien n’interdit que surviennent des accidents dans ce qui est éternel, car la sphère céleste est, à vos yeux, éternelle tout en étant le lieu des événements. De même, l’éternité des corps ne vous rebute pas, puisque cette sphère est, selon vous, un corps incréé ; pas davantage l’éternité du sujet et de l’attribut, car la sphère, toujours selon vous, est éternelle avec l’attribut nécessaire qui l’accompagne. Pourquoi donc rejetez-vous que l’Être éternel, nécessaire par Lui-même, soit qualifié de ces attributs ?
Et si vous objectez : « L’inférence des attributs impliquerait une composition, or l’Être nécessaire ne saurait être composé… »