Tel est l’avis d’un groupe parmi les théologiens spéculatifs, les traditionalistes et les juristes, qu’al-Achʿarî a rapporté dans ses Maqālāt au nom d’une faction qui l’a professé. Un certain nombre de fuqahâ’ – parmi les disciples de Mâlik, d’Ahmad, d’al-Châfiʿî et d’autres encore – se sont rangés à leur position.
La grande majorité le repoussa toutefois, déclarant qu’il contredit de façon manifeste tant la raison claire que la Révélation explicite. En effet, Allah — qu’Il soit exalté — dit :
« Son ordre, lorsqu’Il veut une chose, consiste seulement à lui dire : “Sois !”, et elle est. »
(Sourate Yâ-Sîn 36 : 82)
Il dit aussi, au moyen d’un verbe au présent réservé à l’avenir :
« Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : “Je vais établir sur la terre un vicaire.” »
(Sourate al-Baqarah 2 : 30)
C’est-à-dire : rappelle-leur le moment où ton Seigneur dit aux anges… Or, ce qui est circonscrit par une circonstance temporelle déterminée ne saurait être ancien et éternel.
Il — qu’Il soit exalté — a encore dit :
« Certes, auprès d’Allah, l’exemple de ʿÎsâ est comme celui d’Âdam : Il le créa de poussière, puis Lui dit : “Sois !”, et il fut. »
(Sourate Âl ʿImrân 3 : 59)
Et Il dit :
« Lorsqu’il y parvint, un appel retentit : “Ô Mûsâ !” »
(Sourate Ṭâ Hâ 20 : 11)
De semblables passages abondent dans le Coran.
Ils ont ajouté : le son est comparable au mouvement ; il se produit successivement, chose après chose ; il est donc impossible que son commencement coïncide avec sa fin ou que son entièreté existe en un seul instant. Il ne survient qu’en ordre successif. Ensuite, la majorité des tenants de cette opinion a déclaré : ce Coran est bel et bien la Parole d’Allah, mais les sons audibles que l’on entend en récitant le Coran ne sont pas la Voix d’Allah ; la Voix d’Allah est autre. Toutefois, ce qui est entendu demeure la Parole d’Allah, perçue au moyen de la voix du récitant, comme Allah — qu’Il soit exalté — le dit :