Quant à al-Qalânisî et à d’autres encore, la majorité des savants leur répondit : « Il est connu d’une science nécessaire que cette thèse est viciée, car elle conduit à faire d’une pluralité de réalités une seule et même réalité. En effet, nous savons, de façon évidente, que si l’on traduit la Torah en arabe, ses significations ne deviennent pas celles du Coran ; que le sens du Verset du Trône n’est pas celui du Verset de la Dette ; que le sens de la sourate al-Ikhlâṣ n’est pas celui de ‘Tabbat yadā Abī Lahab’.
Nous savons également que le sens d’une information n’est pas celui d’un ordre, quelle que soit la définition donnée au terme « sens », qu’on l’explique par la science, la volonté ou quelque chose d’autre distinct de la science et de la volonté ; nous savons pertinemment qu’il n’en est pas ainsi.
Ils dirent encore à ces interlocuteurs : « Si vous admettez qu’une information puisse être identique à un ordre ou à une interdiction, de sorte que les deux réalités ne fassent plus qu’une, alors admettez de même que la science soit la puissance, que la puissance soit la volonté, ou même que l’ensemble des attributs divins ne constitue qu’un attribut unique. »
Lorsque cette objection fut formulée, certains déclarèrent : « Voici une question à laquelle nous n’avons pas de réponse », ainsi que l’ont rapporté al-Āmidī et d’autres. D’autres répliquèrent : « Cette difficulté relève de la raison, or nous n’avons établi la multiplicité des attributs que par le consensus (ijmâʿ), non par la raison ; en effet, les hommes se divisent entre ceux qui affirment les attributs et ceux qui les nient, et les affirmateurs soutiennent qu’ils sont multiples. Affirmer les attributs tout en prétendant leur unité constituerait donc une violation du consensus. » Tel est le procédé adopté par le Qâḍî Abû Bakr, Abû al-Maʿâlî al-Juwaynî et d’autres, et c’est également l’option du Qâḍî Abû Yaʿlâ lorsqu’il traite du chapitre des attributs et, de façon générale, des questions de kalâm.