aucune chose parmi les effets ne peut donc L’accompagner ; car, si l’une quelconque des choses produites Lui était concomitante, elle deviendrait inséparable de Lui, ce qui établirait la contingence de tout ce qui est autre que Lui – et c’est précisément ce qu’il convenait de démontrer.
Tel est pourtant l’argument qu’ils ont invoqué pour soutenir l’éternité du monde, alors qu’il atteste en réalité de sa création ; en effet, disent-ils, l’action est un attribut de perfection, tout comme la générosité, et il est impossible que le Créateur – exalté soit-Il – en soit privé de toute éternité.
On leur rétorque : la perfection consiste-t-elle à agir constamment, chose après chose, ou bien à posséder avec Lui un effet co-éternel ? La seconde hypothèse est sans conteste fausse.
Premièrement, parce qu’elle contredit l’évidence rationnelle.
Deuxièmement, parce que, si l’on affirme que l’action renouvelée, advenue successivement, n’est pas un attribut de perfection alors que seule l’action concomitante le serait, il s’ensuit qu’aucune chose nouvelle ne devrait jamais advenir.
Par ailleurs, cet argument peut être inversé : des actes sans cesse renouvelés dans leur espèce et se perpétuant à jamais sont plus parfaits qu’un acte unique, éternel, dépourvu de nouvelles actions. Ainsi, ceux qui soutiennent qu’Il n’était pas encore agent avant de créer les cieux, puis qu’Il continue de produire indéfiniment, chose après chose, tiennent un propos préférable à celui de ceux qui prétendent qu’Il n’a jamais cessé d’agir sur un seul objet sans rien créer d’autre ; car l’abondance des actes et des effets est plus parfaite que leur rareté.
Il apparaît donc clairement que ce qu’ils ont attribué au Créateur – à savoir que ce monde Lui serait concomitant, éternel à l’égal de Son éternité – constitue une imperfection et non une perfection.
Or, le propos ici est le suivant : ceux qui ont établi la création du monde par la création du corps, comme il a été exposé, disent : puisque la preuve de la contingence des êtres contingents ne repose que sur l’existence