serait plus proche de la religion des Messagers, car il permet d’affirmer que tout ce qui est autre que Dieu – qu’Il soit exalté – est créé et surgi après inexistence, la seule conséquence étant que des actes successifs subsistent dans le Nécessaire d’existence Lui-même. Tel est l’avis des imâms des gens du ḥadîth et de la majorité d’entre eux, de groupes parmi les théologiens spéculatifs, ainsi que des sommités des anciens philosophes ; c’est donc l’opinion des imâms des communautés religieuses aussi bien que des maîtres de la philosophie. En somme, cette question fait l’objet d’un désaccord entre les adeptes des religions, mais il demeure possible, en la soutenant, d’être en accord avec les prophètes, contrairement à ce qu’il (al-Armawî) a prétendu.
De plus, al-Râzî et al-Âmidî ont montré la faiblesse des arguments de ceux qui la rejettent, et al-Râzî a indiqué que cette conséquence s’impose à l’ensemble des écoles ; cependant, il l’a ensuite établie par une démonstration elle-même extrêmement fragile, comme tout cela a été exposé ailleurs. Dès lors, la réponse la plus solide selon la Loi révélée et la raison l’emporte sur celle qui est la plus viciée selon la Loi révélée et la raison. Tels sont nos propos à propos de la réplique d’al-Armawî.
Quant à la réponse d’al-Râzî et à l’objection qu’il leur adresse, elle est en soi correcte, telle qu’il l’a formulée ; néanmoins, il ne l’a ni articulée ni expliquée d’une manière qui rassasie la soif de compréhension, si bien qu’al-Armawî n’a pas saisi la véritable portée de cette réponse. En effet, si la cause efficiente complète est éternelle, la permanence de ses effets s’ensuit nécessairement ; dès lors, rien de nouveau ne pourrait advenir, ce qui contredit l’évidence sensible. Cet argument à lui seul suffit, pour peu qu’on le conçoive : car, lorsque l’on affirme qu’une cause efficiente complète est éternelle et qu’elle implique ses effets, il devient impossible que l’un quelconque de ces effets se produise ; ainsi, rien ne se produirait, puisque l’apparition d’événements sans cause est impossible et leur apparition à partir d’une cause efficiente complète l’est tout autant. Quant à l’objection qu’il a avancée, on y répond par ce qu’il (al-Râzî) a exposé, et par d’autres considérations encore.