Quant aux philosophes qui leur ont opposé la doctrine de l’éternité des sphères – Aristote et ses adeptes –, ils ont admis des accidents dépourvus de commencement et n’ont pas distingué entre les deux catégories.
Les maîtres des religions révélées, tout comme les sommités de la philosophie, ont au contraire opéré cette distinction : lorsque ce qui accompagne les accidents et ne s’en sépare jamais est, lui‐même et les accidents, un effet produit par un autre, il en résulte qu’il est éternel tout en étant asservi, et que son Seigneur le fait exister par Sa propre essence, de sorte que Son existence coïncide avec la sienne. Or, Celui qui, par essence, produit dans la pré-éternité ne produit ni l’accident seul ni l’accident conjointement à son corrélat ; car il est impossible de faire exister, dans l’éternité, une espèce accidentelle, de même qu’il est impossible d’y faire exister l’accident et son corrélat. Produire dans la pré-éternité une espèce accidentelle est impossible, tout comme produire l’accident et son corrélat dans l’éternité, car cela impliquerait que l’accident soit nécessairement concomitant au producteur depuis toute éternité, ce qui est inadmissible ; l’accident ne survient, en effet, que successivement, chose après chose.
Si l’on objecte : « Ce qui est nécessaire, c’est le genre qui advient petit à petit », rien de cela ne s’imposerait alors au producteur par essence, pas plus qu’il ne l’aurait produit dès la pré-éternité ; son action ne pourrait advenir que graduellement, étape après étape. On ne peut donc concevoir, dans la pré-éternité, un être qui, par essence, produise ; il est dès lors tout aussi inconcevable qu’il existe un éternel dont le Seigneur serait autre que lui. En effet, être producteur de toute éternité implique la perfection de son pouvoir de production et de son efficacité causale ; car ce qu’on appelle dans ce domaine « agent », « producteur », « cause nécessitante », « cause efficiente » ou autres dénominations analogues ne saurait être qualifié d’agent tant qu’il n’a pas réuni l’ensemble des conditions requises pour l’être. Or, dès qu’il les a réunies, l’effet devient nécessaire, car l’existence de l’effet sans l’accomplissement de toutes les conditions de l’efficience causale