Puis les affirmateurs retournèrent l’argument contre les négateurs et dirent aux Muʿtazilites : « Lorsque vous affirmez qu’Il est Vivant, Savant et Puissant tout en prétendant qu’Il ne possède ni Vie, ni Science, ni Puissance, vous tombez dans une contradiction comparable à celle qui consisterait à dire d’une chose qu’elle est noire sans noirceur, blanche sans blancheur, longue sans longueur ou belle sans beauté. En effet, le terme dérivé d’une action suppose nécessairement l’existence de la réalité d’où il est tiré ; affirmer le nom du participe actif tout en supprimant le substantif-source est, selon la raison comme selon la Révélation, une absurdité.
Ils dirent encore aux philosophes : « Lorsque vous avancez qu’Il est existant, intelligible, intellectif, intellect, amoureux, aimé, délicieux et délecté, et que vous fondez tout cela en une seule entité, vous heurtez la raison. Et si, de surcroît, vous prétendez que l’amour est l’amant, que la jouissance est l’objet de la jouissance, que la science est le savant, la contradiction est plus flagrante encore ; quiconque identifie l’attribut à l’être qualifié, ou assimile un attribut à un autre, contredit manifestement la raison. »
Les affirmateurs des attributs révélés dirent ensuite à ceux qui les nient : « Pourquoi refusez-vous d’admettre qu’Allah agrée, se met en colère, aime, se réjouit, et autres traits clairement énoncés dans le Livre et la Sunna ? »
Ils répondirent : « Parce que ces attributs impliquent la corporéité et l’assimilation ; nous ne concevons la colère que comme l’ébullition du sang du cœur cherchant vengeance, ou l’état qui résulte d’une telle ébullition, et il en va de même pour tous les autres attributs. »
Ils poursuivirent : « De même, affirmer l’Ouïe, la Vue, la Parole, la Volonté, et consorts revient à admettre l’assimilation et la corporéité, car nous ne concevons la volonté que comme l’inclination de celui qui veut à obtenir ce qui lui est profitable et repousser ce qui lui est nuisible, ou ce qui accompagne nécessairement ce sens ; quant à une volonté dirigée vers un objet qui ne profite ni ne nuit à son détenteur, elle est inconcevable dans le monde sensible. » Et ils conclurent : « La Volonté du Vrai ne ressemble pas à la volonté des créatures. »