C’est ce qu’a rapporté l’auteur de l’« Irchâd » et d’autres encore ; toutefois, l’analogie qu’il propose n’est pas rigoureusement adéquate. L’analogie correcte serait plutôt de dire : « Je ne t’ai pas donné un dirham sans t’en avoir déjà donné un auparavant. » Quant à la formule : « Je ne te donnerai pas un dirham avant de t’en avoir donné un dirham », elle consiste à nier un fait futur tant que ce futur ne se sera pas réalisé.
Le propos est donc d’affirmer un passé précédé d’un passé, non un futur précédé d’un futur. Les quatre configurations possibles sont les suivantes : un futur suivi d’un futur, un passé précédé d’un passé, un futur précédé d’un futur, et un passé suivi d’un passé. Ces deux-ci sont semblables, et ces deux-là également ; l’impossibilité, ici, frappe ces deux-là et non ces deux-ci.
Par ailleurs, fonder la transcendance du Créateur sur la négation de la corporéité est une méthode innovée du point de vue de la Sharîʿa et contradictoire du point de vue de la raison ; elle n’est donc recevable ni religieusement ni rationnellement.
Du point de vue scripturaire, ni le Livre ni la Sunna ni la parole d’un seul des Salaf ou des Imâms n’ont consacré cette voie. Aux yeux des Salaf et des sommités doctrinales, parler des attributs d’Allah en termes d’affirmation ou de négation du corps est une innovation. Si cela avait été un fondement reconnu par la Sharîʿa, celle-ci l’aurait indiqué. Allah — exalté soit-Il — a blâmé les Juifs pour les imperfections qu’ils Lui ont attribuées, telles que leur parole : « Allah est pauvre », ou : « La main d’Allah est liée », ou encore : « Il se reposa » ; cependant, bien que la Thora regorge de descriptions divines, Il ne les a pas blâmés pour celles-ci ni mentionné qu’ils les auraient altérées.
Or, nombre de théologiens spéculatifs réfutent les Juifs par cette méthode innovée et délaissent la méthode coranique.