La seconde [raison] est que la preuve que vous avancez – preuve fondée sur l’application et la mise en parallèle – repose sur le postulat qu’au sein de l’infini, aucune partie ne saurait être plus nombreuse qu’une autre.
Ils affirment donc : « Si l’on suppose les événements écoulés depuis le Déluge et ceux survenus depuis l’Hégire, puis que nous les mettons en parallèle, alors, s’ils s’équivalent, il en découle que le surplus serait identique au déficit, ce qui est impossible ; et s’ils diffèrent, il s’ensuivrait que, dans ce qui est sans fin, certaines de ses parties seraient plus nombreuses que d’autres — or, disent-ils, cela est impossible. »
Il leur fut alors rétorqué : « Votre argument se retourne contre vous au sujet des événements futurs ; car le nombre des événements à venir depuis le Déluge est supérieur à celui des événements à venir depuis l’Hégire. » Certains ont tenté d’établir une distinction en soutenant que les premiers se sont déjà produits, tandis que les seconds ne se sont pas encore produits ; mais, comme on le voit, cette distinction est bien fragile.
Quant à leur affirmation : « Ce qui est infini ne connaît ni supériorité ni infériorité », on leur a objecté le contraire : « Plus une chose dure, plus sa durée est longue, quand bien même elle n’aurait pas de commencement ; et plus les événements surviennent, plus leur nombre excède ceux déjà advenus, quand bien même leur succession serait sans terme. Il en va de même pour les nombres : chaque fois que tu les multiplies, ils augmentent, même s’ils sont eux aussi illimités. Si tu multiplies indéfiniment l’unité, la dizaine et le millier, les unités du millier surpasseront celles de la dizaine, et celles de la dizaine dépasseront celles de l’unité ; or, la multiplication de l’ensemble est sans fin. »
D’autres encore ont distingué entre le passé et l’avenir.
De fait, si tu dis : « Je ne t’ai pas donné un dirham sans t’en avoir donné un autre auparavant », cela est possible ; mais si tu déclares : « Je ne te donnerai pas un dirham avant de t’en avoir donné un dirham », cela est impossible.