Al-Jahm, affilié aux Muʿtazilites, précéda Abû al-Hudhayl et le devança dans l’emploi de cette démonstration ainsi que dans la négation des Attributs divins. C’est pourquoi il prétendit que l’univers tout entier disparaîtrait, que les délices du Paradis et même ses habitants s’évanouiraient, de sorte qu’il ne demeurerait plus d’existant si ce n’est Allah, exactement comme la situation l’était au commencement.
Ceux qui ont suivi sa voie ont été déconcertés par son argument. Certains d’entre eux déclarent : « Le raisonnement logique est bien tel qu’il l’a soutenu, mais les textes révélés affirment la perpétuité des deux demeures. » C’est ce qu’exposent divers auteurs, tel l’auteur de l’Īḍâḥ et d’autres. Or une telle parole est corrompue : dès lors qu’une preuve rationnelle est réfutée, elle s’effondre, et jamais les textes ne viennent contredire une raison claire.
D’autres disent : « Nous affirmons l’anéantissement des mouvements, non celui des corps », ainsi que l’a professé Abû al-Hudhayl al-ʿAllâf, chef de la Muʿtazilah. Cela implique pourtant l’existence de corps dépourvus de tout mouvement ; et si l’on admet cette hypothèse pour l’avenir, qu’on l’admette donc également pour le passé : on se retrouve alors forcé d’assumer l’éternité des corps, précisément ce dont on voulait se défaire. Beaucoup d’entre eux distinguent encore le passé du futur en déclarant : « Le passé est déjà entré dans l’existence, alors que le futur n’y est pas encore entré ; la procédure de mise en parallèle est donc possible pour le premier, à la différence du second. »
Cette distinction est fragile pour deux raisons ; la première est que le passé est inexistant, de sorte qu’il est impossible d’y appliquer la méthode de mise en parallèle comme ils le prétendent.