Ils n’ont pas établi l’absence de toute imperfection à Son sujet par la raison, mais bien par l’audition – et l’unanimité (ijmâʿ) en atteste. Aussi ont-ils fait reposer leur argumentation, dans ce qu’ils Lui nient, sur la négation de la corporalité, comme l’ont fait les muʿtazilites. Pour récuser la corporalité, ils se sont appuyés sur la démonstration de la survenance (ḥudûth) des corps, elle-même fondée sur l’impossibilité d’une succession d’événements sans commencement. Les philosophes négateurs, quant à eux, ont pris pour axe principal, dans ce qu’ils excluent de Lui, la négation de la composition ; ils se sont fondés pour cela sur la simple possibilité de la composition et, pour établir cette possibilité, sur l’idée qu’un tout ne saurait être nécessaire puisqu’il dépend de certains de ses éléments.
Nous avons déjà signalé la fausseté de ce raisonnement et mis au jour les expressions équivoques qu’il renferme. En effet, affirmer qu’un être, doté d’attributs intrinsèques, est nécessaire par soi, puis prétendre que cela impliquerait qu’il dépend de certains de ses propres concomitants, ou de ce qui entre dans la définition même de Son essence, revient seulement à dire qu’Il ne saurait exister sans eux ; or rien, dans cette affirmation, n’exige que ce concomitant soit Son agent ni Sa cause efficiente. Le « Nécessaire par soi » est, par définition, Celui qui n’a ni agent ni cause efficiente.
Si donc l’on conçoit un existant subsistant par lui-même et pourvu d’attributs inséparables, rien n’empêche, pour autant, qu’il soit sans agent. Et quand bien même on supposerait un tout nécessaire par soi, dont l’existence n’est réalisée qu’avec chacune de ses parties, l’intellect n’y verrait nul obstacle à ce qu’il ne dépende pas d’un agent.
Le terme même de « nécessité par soi » (wujûb bi-dhâtih) est devenu, à force de controverses, porteur d’une ambiguïté lexicale ; s’il signifie qu’un être ne posséderait ni attribut ni concomitant, aucun argument ne vient attester l’existence d’un tel être.
Il est par ailleurs étonnant que ces mêmes penseurs considèrent Ses effets comme des concomitants indissociables de Lui, tout en prétendant que