C’est pour cette raison que ceux qui ont rejeté cette thèse ne l’ont fait qu’en vertu de leur conviction de l’impossibilité, dans l’éternité sans commencement, d’un acte divin : soit parce qu’à leurs yeux l’apparition d’événements dépourvus de premier début est inconcevable, soit parce qu’ils estiment que l’acte contredit l’éternité, soit pour d’autres considérations. Quoi qu’il en soit, il demeure impossible qu’une chose déterminée du monde soit pré-éternelle.
De même, si l’on admet que l’acte est perpétuel, il ne l’est que par Son choix et Sa puissance ; le second acte ne survient donc qu’après le premier. Il ne s’ensuit pas qu’Il agisse, de toute éternité, par la seule nécessité de Son essence, et aucun de Ses actes n’est lui-même ancien, sans commencement.
Les actes se divisent en deux catégories : les actes inhérents (lâzima), qui ne requièrent aucun objet extérieur, et les actes transitifs (mutaʿaddiya), qui supposent un produit. Si ce qui est permanent ne concerne que les actes inhérents, tandis que les actes transitifs adviennent après avoir été inexistants, il ne découle nullement de là qu’un quelconque produit existe de toute éternité. Et quand bien même on supposerait que l’acte permanent est également un acte transitif impliquant nécessairement un effet, puisque l’acte fait surgir les choses successivement, l’effet qui en dépend ne survient, lui aussi, que successivement ; l’existence du conditionné sans sa condition est, en effet, impossible.
Il en résulte que, dans tous les cas, aucun acte déterminé ni aucun effet déterminé ne Le côtoie dans l’éternité sans commencement ; rien, dans le monde, ne saurait donc L’accompagner de toute éternité. Quand bien même on dirait qu’Il n’a jamais cessé d’agir – exalté soit-Il –, la présente démonstration établit l’existence de l’Être pré-éternel qui fait advenir les événements, ainsi que la contingence de tout ce qui Lui est autre, sans recourir à la méthode du nécessaire et du possible, ni à celle des substances et des accidents.
On peut toutefois reformuler la preuve selon la voie de la nécessité en disant : il est avéré que l’existence se divise en nécessaire par soi et en possible. Or, ce dont la possibilité ne fait aucun doute, ce sont les événements contingents, car nous savons qu’ils surviennent après le néant ; il s’ensuit que leur existence comme leur inexistence sont toutes deux concevables. Quant à ce dont on ne connaît que l’existence, il convient d’établir sa possibilité par une autre méthode.