Dans ces conditions, il n’y a aucune différence entre affirmer que l’éternel soit l’Âme ou bien un corps. De plus, cette réplique est invalide sous un autre aspect : en effet, pour les philosophes qui reconnaissent l’existence des âmes, celles-ci ne se séparent jamais des corps ; l’Âme, selon eux, doit nécessairement être liée au corps, le diriger et l’administrer. Ils ont d’ailleurs divergé au sujet de l’Âme céleste : est-elle une substance ou un accident ? La plupart la considèrent comme un accident, tandis qu’Ibn Sînâ et quelques-uns ont tranché en faveur de la substance. Dès lors, si l’existence de l’Âme où se succèdent les représentations dépend de l’existence du corps, cette réplique s’effondre.
Quant aux Intellects, ils sont, selon eux, séparés, ne gouvernent pas les corps, et aucun événement — successif ou non — n’y survient. En outre, cette réplique implique deux choses : premièrement, la possibilité d’une série d’événements dépourvus de commencement, au motif que la régression infinie interdite ne concernerait que les causes et non les effets ni les conditions ; il s’agit là d’une question théorique qui ne contredit pas les fondements de l’Islam. Deuxièmement, elle implique l’affirmation que les Intellects et les Âmes sont anciens, éternels, et que les seules créatures advenues après non-existence seraient les corps, à l’exclusion des Intellects et des Âmes ; or cela n’appartient à la doctrine d’aucune communauté religieuse. Cette position repose sur l’acceptation des Intellects et des Âmes postulés par les philosophes et sur l’idée qu’ils ne seraient pas des corps, alors que leur discours à ce sujet est, rationnellement, d’une extrême corruption, comme cela a été exposé ailleurs.