anthropomorphiste, sans qu’ils puissent avancer la moindre distinction valable ; tout ce qu’ils opposent peut être retourné à l’identique par celui qui affirme les attributs. Il en résulte que la différence qu’ils prétendent établir entre ce qu’ils qualifient de « corporéité » et ce qu’ils ne qualifient pas ainsi s’effondre ; il faut donc soit affirmer l’ensemble des attributs, soit les nier tous.
Or, nier l’ensemble est impossible, car il est connu d’une certitude nécessaire que l’existant se divise en deux catégories : l’Être nécessaire, éternel, Subsistant par Lui-même, Riche et Créateur ; et l’être contingent, créé, survenu, gouverné, nécessiteux et façonné. Il n’y a donc aucune voie pour considérer tout l’être comme un seul et même « Être nécessaire », ainsi que le prétendent les tenants de l’« unicité absolue », ni pour l’assimiler tout entier à une réalité créée, dépendante et survenue, comme on rapporte de certains qu’ils ont soutenu la survenue de l’ensemble de l’existence sans cause productrice. La fausseté de ces deux opinions relève en effet des évidences les plus manifestes ; c’est pourquoi les partisans de l’« unicité absolue » se contredisent et ne s’en tiennent pas à leur propre thèse. Quant à l’idée d’une survenue totale de l’existence sans producteur, aucune école ne l’a professée ; on ne l’évoque que comme hypothèse mentale, à l’instar de nombreuses spéculations sophistiques, pour en montrer la vanité et l’inconsistance.
Il ressort ainsi clairement que les propos des négateurs des attributs s’apparentent à ceux des athées qui récusent l’Artisan. La seconde opinion, celle qui parle d’un « être absolu » exempt à la fois de négation et d’affirmation, correspond à l’une des deux doctrines des Qarmates bâṭinites ; la première étant celle des mêmes bâṭinites, à laquelle se rattachent les négateurs des attributs affirmatifs, qui ne Le qualifient que par des négations.