de celui-ci, ce qui revient à réunir deux contraires. Or, si l’un des deux ne pouvait s’en charger qu’à la condition que l’autre s’en abstiendrait, sa puissance deviendrait alors subordonnée à la permission que l’autre lui accorde. De même, si l’un d’eux ne pouvait accomplir l’acte qu’avec l’aide de l’autre, il s’ensuivrait que nul d’entre eux ne serait puissant à moins que l’autre ne le rende tel. Dans cette hypothèse, aucun d’eux, pris isolément, ne serait capable de quoi que ce soit ; or, si chacun d’eux est impuissant lorsqu’il est seul, leur prétendue capacité une fois réunis est impossible, car il n’existe rien, en dehors d’eux, qui puisse les doter de puissance, et aucun ne possède lui-même une puissance grâce à laquelle il pourrait secourir l’autre. Ainsi, si chacun devenait puissant du seul fait que l’autre le rend puissant, il en résulterait une circularité causale : la circularité antérieure (الدور القبلي), que tous les gens doués de raison tiennent pour nulle et dont la fausseté est évidente dès qu’on la conçoit.
Il en va autrement lorsqu’un troisième être les rend tous deux capables en les réunissant ; il s’agit alors d’une circularité concomitante (الدور المعي), qui est admissible. C’est pourquoi l’on ne trouve jamais deux êtres qui acquièrent, du fait même de leur association, une puissance, si ce n’est parce qu’un troisième la leur confère ou parce que la force de l’un se joint à celle de l’autre ; à l’instar de deux associés parmi les fils d’Adam : l’un des deux doit nécessairement posséder, lorsqu’il est seul, une certaine capacité, ou bien leur puissance se voit renforcée lorsqu’ils s’unissent.
Or, dans l’hypothèse présente, aucune puissance n’est établie lorsque chaque être est pris séparément. Si l’on supposait l’existence d’un semblable au Seigneur — exalté soit-Il —, il faudrait nécessairement qu’il fût puissant comme Lui ; cependant, la supposition de deux Seigneurs capables est impossible : il est donc établi qu’Il n’a point de semblable. Et puisque la supposition de deux divinités impuissantes est, elle aussi, impossible, il est clairement démontré qu’il ne saurait exister en aucune manière d’associé. Concevoir pour Lui un pair ou un associé est donc impossible en soi, quelles que soient les modalités envisagées.