Cette assertion est, à l’évidence, caduque ; car si les deux Sciences et les deux Puissances étaient similaires, tout ce qui serait admissible pour l’une le deviendrait pour l’autre, tout ce qui serait impossible pour l’une le deviendrait pour l’autre, et tout ce qui serait obligatoire pour l’une le deviendrait de même pour l’autre. Or, si l’on pouvait tenir un tel propos au sujet de la Science et de la Puissance, on devrait, par le même raisonnement, l’étendre à la Vie, à l’Ouïe, à la Vue, à la Parole, à la Volonté et à l’ensemble des autres attributs.
Et si l’on concédait cela pour les attributs, il faudrait l’admettre également pour l’Essence ; car le rapport de la Science du Seigneur à Son Essence est analogue au rapport de la science du serviteur à son essence : il y a, dans les deux cas, une science et un savant. Ainsi, si l’on permet de dire : « La science est semblable à la science, hormis la différence entre contingence et éternité », il serait tout aussi permis d’affirmer : « Le savant est semblable au savant, hormis la différence entre contingence et éternité. »
La fausseté d’un tel propos est d’évidence nécessaire ; elle apparaît de plusieurs manières.
Parmi celles-ci : si les deux essences étaient identiques, il serait impossible que l’une se distingue par la contingence et l’autre par la pré-éternité, car ce qui requiert la pré-éternité du Seigneur est Sa propre Essence ; Il n’a point besoin d’un facteur extérieur pour que Sa pré-éternité soit avérée. De même, ce qui fait que le serviteur est dépendant d’un Créateur est son essence même ; sa nécessité n’est pas tirée d’une cause extérieure à lui-même. Partant, si deux réalités similaires devaient recevoir les mêmes jugements l’une que l’autre, tandis que pour cette essence-ci la pré-éternité est impossible et même inconcevable, et que pour cette Essence-là la pré-éternité est indispensable et l’inexistence impensable, l’identité des deux essences s’avère impossible ; et lorsqu’il est impossible que leurs essences se confondent, il est d’autant plus impossible que leurs attributs se confondent, car chaque attribut est à l’image de l’être qu’il qualifie.
Si l’on objecte : « Des réalités différentes peuvent néanmoins partager des conséquences identiques, comme l’homme et le cheval qui ont en commun l’animalité », nous répondons : l’animalité générique propre à l’homme n’est pas, sous tous ses aspects, identique à l’animalité propre au cheval ; toutes deux diffèrent en proportion de la divergence de leurs natures respectives.