Et dans l’ordre extramental se trouve l’existence de ce qui est conçu et voulu ; voilà une chose que les hommes perçoivent et connaissent. Ainsi, jamais un esprit raisonnable n’imaginerait que le concept présent dans l’intellect, lorsqu’on dit qu’il existe au dehors, soit, quant à sa réalité, identique en tous points à l’objet extérieur. La relation est plutôt comparable à cette formule : « ce contenu correspond à ce vocable, et ce vocable correspond à ce sens », de même que la croyance et la représentation mentale correspondent à la vérité. Quiconque saisit cela voit se dissiper les ambiguïtés que soulève ce genre de questions. C’est faute d’avoir compris cette distinction qu’un penseur tel que Fakhr al-Râzî a pu croire que la science n’est ni un acte ni l’empreinte des connaissances dans l’âme du savant, faisant valoir qu’une telle thèse impliquerait qu’il se trouve dans l’âme de celui qui connaît le feu un feu semblable à celui qui existe au dehors ; or, sans la perception de ce feu et la représentation de ce qui est visé, rien de tel ne saurait exister. Une idée pareille ne viendrait jamais à l’esprit d’un homme sensé qui mesure ses paroles.
Quant à la qualification d’« universel » (kulliyy), on peut entendre par là qu’il doit nécessairement englober les individus, et il est alors « général » (ʿāmm) ; on peut aussi entendre que sa simple conception n’empêche pas que plusieurs instances y participent, et il est alors « absolu » (muṭlaq). C’est là ce qu’ils veulent dire lorsqu’ils parlent d’un universel. C’est également le terme moyen qui sert de matière au partage des différentes sortes d’étants : le sujet de la division est, en effet, commun aux sections, les englobe et les vise, soit collectivement — c’est l’extension de la généralité collective —, soit