Qu’il s’agisse d’une espèce, d’un propre ou d’un accident général, on y distingue trois considérations : naturelle, logique et intellective.
La considération naturelle correspond à l’absolu non conditionné (lā bi-sharṭ), dans lequel l’essence n’est liée à aucun critère, ni affirmatif ni négatif.
Or, les partisans des Idées platoniciennes prétendent que ces universaux existent au dehors, de manière permanente et éternelle, indépendamment de leurs individus, tandis qu’Aristote et ses disciples le nient et affirment qu’ils n’existent qu’avec les particuliers. En vérité, ces universaux ne possèdent aucune existence externe séparée de celle des individus.
Quant à celui qui soutient que l’absolu constituerait une partie du déterminé — ainsi quand on dit : « l’homme » est une partie de « cet homme » et que l’on entend par là une composition, dans la réalité sensible, entre l’absolu et le déterminé —, il commet une erreur. S’il veut plutôt dire que l’« homme », c’est-à-dire cet individu concret, est ce qui, dans l’âme, était universel, alors cela est exact.
Notre expression « cet homme » équivaut à « l’homme savant » ou « l’animal raisonnable » ; elle fait savoir que l’individu est qualifié par deux attributs : d’une part, il est animal, d’autre part, il est raisonnable. Or la vie et la raison sont deux qualités subsistant en lui ; elles ne sont pas deux parties dont il serait composé hors de l’esprit.
De même, dire « cet homme » signifie que l’individu est décrit à la fois par l’indication déictique et par l’humanité. Ce point a été développé ailleurs.
Ils concluent donc que tel est l’« universel naturel ». L’« universel logique » est le fait que cet universel soit qualifié de généralité et d’universalité. L’« universel intellectif », enfin, résulte de la combinaison des deux précédents : il s’agit de l’« homme » assorti de la condition d’être universel, lequel n’existe que dans l’esprit, d’un commun accord — sauf selon ce qui est rapporté des platoniciens.
Cet « homme » ainsi conditionné par l’universalité n’englobe pas les individus ; ceux-ci, en effet, ne sont pas universels, et l’on ne saurait prédire de Zayd ou de ʿAmr qu’il est un « homme universel ».