Il me questionna donc à ce sujet ; j’exposai la racine de leur doctrine, ainsi que celle d’Ibn ʿArabī, d’Ibn Sīnā et de tous ceux qui leur ressemblent, et je lui montrai que l’origine de leur propos remonte à la notion de l’« existence absolue ». Je lui fis ensuite comprendre que cet absolu n’a de réalité que dans les intelligences, et nullement dans les entités extérieures. L’homme jouissait d’un certain mérite ; lorsqu’il eut saisi cela, il se mit à rédiger des traités pour les réfuter.
Il se rendit alors auprès d’un de leurs grands shaykhs et lui dit : « Il m’est parvenu qu’un échange a eu lieu entre toi et untel. » – « Oui », répondit-il. – « Qu’est-ce qu’il t’a dit ? » Il répondit : « Il m’a déclaré : ‟Au bout du compte, votre affaire aboutit à l’Existence absolue.” » – « Fort bien, reprit le shaykh. Par quoi réfute-t-on cela ? » – « Par ceci : l’absolu n’existe que dans les esprits, non dans la réalité sensible. » Le shaykh s’exclama alors : « Cette parole a détruit nos maisons et déraciné nos fondements ! », et d’autres propos du même genre.
À cela on répondra : l’absolu « non conditionné » (lā bi-sharṭ) est précisément ce qui se vérifie dans les choses extérieures ; c’est ce que l’on nomme le « universel naturel » (al-kullī al-ṭabīʿī). Ainsi, lorsque l’on dit « l’homme », sans le conditionner par l’unicité ou la multiplicité, ni par l’existence ou l’inexistence, ce concept se rencontre dans le monde extérieur sous la forme d’un individu déterminé et limité. Qui s’imagine qu’il se trouve au dehors comme un universel se trompe : il n’y existe qu’à l’état de particulier concret ; il n’est universel que dans l’intellect.
Dans l’ordre du réel, il n’existe donc que ce qui possède une essence qui lui est propre, sans aucune généralité ni absoluité. On le qualifie d’« universel » tout comme on qualifie un nom de « général », et l’idée qui se trouve dans l’âme de « générale », du fait qu’elle englobe les individus existant à l’extérieur, non parce qu’elle serait, dans son existence extérieure, générale ou absolue – car cela est impossible. Il n’y a, hors de l’esprit, que des réalités particulières, sans généralité ni absolu. Quant aux logiciens, ils affirment que l’universel, qu’il soit genre ou différence