L’absolu, dépourvu tout à la fois d’affirmation et de négation, se révèle – sous certains angles – plus extrême dans le taʿṭîl que l’énoncé d’Ibn Sîna. En effet, la réalité qu’ils décrivent ne peut être ni existante ni inexistante, puisqu’ils abolissent les deux contraires en toutes leurs occurrences, tandis qu’Ibn Sîna, lui, ne réunit ces contraires que partiellement. Or supprimer les contraires sous tous les aspects est une négation plus poussée que de les supprimer seulement sous certains aspects.
Son propos est, d’un autre point de vue, encore plus radical : les déterminations privatives auxquelles il assujettit cet absolu sont innombrables, alors qu’en regard il n’affirme qu’une existence nue, dépourvue de toute réalité propre. Tel est l’avis des Bâṭiniyya, notamment d’Abû Yaʿqûb Isḥâq ibn Aḥmad al-Sijistânî, auteur des Aqalîd al-Malakûtiyya, de l’Iftikhâr et d’autres ouvrages, lesquels nient à son sujet aussi bien l’affirmation que la négation ; l’absurdité d’une telle position est patente de manière nécessaire, comme il a été montré.
Quant à leur assertion : « l’existence doit être exceptée des notions absolues », la vérité est au contraire qu’il conviendrait plutôt d’exclure toute autre notion, car l’existence absolue englobe toute chose ; elle est plus générale, pour tout ce qui existe, que les autres appellations universelles telles que « chose », « subsistant », « le Vrai », « réalité », « quiddité », « essence », et consorts. Ces termes constituent les plus vastes des universaux et les plus larges des absolus ; dès lors, si l’on admet que cet absolu