Ibn Sînâ et ses disciples, ayant soutenu que le « Nécessaire par soi » serait l’absolu « à condition d’absolu », ne purent néanmoins le considérer comme absolument dégagé des attributs négatifs et relationnels ; ils affirmèrent plutôt qu’il s’agit d’un être qualifié par des négations et des relations, sans être pour autant déterminé par des prédicats positifs.
On formule parfois leur thèse en disant qu’il s’agit de « l’existence déterminée par le fait de n’être l’accident d’aucune quiddité » ; c’est ainsi qu’al-Râzî, entre autres, l’exprime. Or cette formulation repose sur l’idée que l’existence de tout autre être est accidentelle à son essence, et sur l’hypothèse—tout aussi erronée—que la quiddité d’une chose subsiste dans la réalité extérieure indépendamment de l’être même qui existe. C’est là un fondement fallacieux de leur système.
Formulée de la sorte, leur position demeure obscure au commun des lecteurs ; mais lorsqu’on l’énonce dans les termes qu’eux-mêmes reconnaissent sans contestation comme reflétant leur doctrine, celle-ci se dévoile aussitôt.
Lorsqu’ils affirment que le Nécessaire est « l’existence déterminée par des restrictions négatives », plusieurs formes d’égarement s’ensuivent : d’abord, ils ne l’ont pas rendu absolu, car être limité par une condition négative ou relationnelle constitue bel et bien une limitation. En outre, cette restriction ne le rend nullement plus digne de l’existence ; elle le rend plutôt plus proche du néant. Or il est manifeste que l’existence nécessaire est plus digne d’être que l’existence contingente ; comment, dès lors, pourrait-elle être plus proche du non-être que ce qui est simplement possible ?