Lorsqu’il m’arriva de rencontrer l’un des plus habiles d’entre eux – convaincu que ce dogme constitue l’ultime aboutissement de la recherche, celui auquel parviennent les créatures les plus accomplies, et que seuls leurs initiés sont capables de le saisir – il affirma que l’« iḥâṭa » n’était autre que l’« existence absolue ». Je lui dis alors : « Vous fondez donc votre thèse sur les lois de la logique ; or il est reconnu, dans ces mêmes lois, que l’absolu n’existe jamais, à titre d’absolu, dans la réalité extérieure ; il n’existe qu’en tant qu’entité déterminée. L’“existence absolue” ne saurait donc se rencontrer hors de l’esprit. » Il resta interdit, puis se mit à fouiller, espérant trouver une réplique, et déclara : « Nous faisons exception de l’existence absolue au sein des catégories universelles. » Je lui répondis : « Tu es vaincu ! », et je me mis à rire, tant l’inanité de son propos était manifeste.
En effet, si l’on introduisait, dans la règle susmentionnée, une distinction entre un absolu et un autre absolu, la règle en serait ruinée ; pareille distinction n’est qu’affirmation gratuite et arbitraire. De plus, le principe énoncé reste, en soi, véridique – qu’ils l’admettent ou non – et s’étend à tout absolu : nous savons, de façon nécessaire, qu’il n’existe, dans le monde extérieur, aucun absolu universel. Quant à l’« absolu à condition d’absolu » – tel « l’homme » dépouillé de toute qualification, qui n’est ni unique ni multiple, ni existant ni inexistant, ni universel ni particulier – il ne peut se concrétiser à l’extérieur que sous la forme d’un homme existant ; il doit forcément être un ou plusieurs, et nécessairement déterminé et particulier.
Et lorsque l’on affirme que cela « se trouve dans l’esprit », on veut dire que l’esprit le conçoit et le postule ; autrement, le fait même qu’il « soit dans l’esprit » constitue déjà une restriction. Mais l’intellect