Si donc ce qui est indispensable à l’efficacité causale se trouvait de toute éternité, alors que nous l’avions pourtant supposé advenu avant cela, il s’ensuit une contradiction. Et si l’on retient la seconde alternative, on en vient à privilégier l’un des deux volets d’un possible parfaitement équivalent à l’autre sans aucun déterminant ; or cela est impossible. Cela vaut lorsque l’on affirme que tout ce qui est requis pour l’efficacité causale existait de toute éternité.
Quant à l’hypothèse selon laquelle rien de tout cela n’était présent de toute éternité, le fait que ces éléments surviennent ensuite, sans fin, après n’avoir pas été, requiert ou non un agent. S’ils ne requièrent aucun agent, un contingent adviendrait sans déterminant. S’ils en requièrent un, la discussion se transporte à la façon dont ces éléments mêmes sont produits, ce qui entraîne une régression infinie ; celle-ci est impossible.
Al-Râzî déclare : « Ceci constitue l’argument majeur des partisans (de l’éternité du monde). » Il relate ensuite les réponses de diverses écoles de kalâm à son propos : certains ont dit que le déterminant est la Volonté ; d’autres, que le déterminant est la Science ; d’autres encore ont affirmé que le déterminant réside dans la spécificité du moment de la survenue, en vertu d’un jugement subtil de Sa part. D’autres enfin ont soutenu qu’il est impossible que le monde soit créé dans la pré-éternité, car créer signifie le faire exister après qu’il était inexistant, ce qui suppose la priorité du néant, tandis que la pré-éternité implique la négation de toute précédence ; les combiner est donc impossible.