C’est donc à cette occasion que, un jour, alors que nous étions réunis dans une assemblée et que cette question fut soulevée, je déclarai : « Jamais aucune faction de la communauté musulmane n’a tenu une telle parole ; et, à supposer même que quelqu’un l’ait rapportée, rien de ce qu’il cite ne saurait constituer une preuve permettant d’en établir la fausseté. »
L’un de ceux qui prenaient sa défense répliqua : « Cette affirmation a été formulée par les Karrâmiyya. » Je répondis : « Ni un Karrâmî, ni un autre, ni quiconque appartenant aux quatre écoles juridiques, ni personne d’ailleurs, n’a proféré cela. Et, à supposer qu’il s’agisse d’une opinion effectivement émise, on n’a argumenté contre elle qu’en disant qu’il s’agirait d’un acte futile, or la futilité est impossible concernant Allah. »
Or cet argument est caduque selon son propre principe, car la controverse porte, en réalité, sur les lettres assemblées : est-il concevable qu’Il fasse descendre des lettres dépourvues de sens ? Or, pour lui, les lettres relèvent des créatures, et il tient pour possible qu’Allah crée toute chose, Son acte n’étant tributaire ni de sagesse ni d’intérêt. Il n’existe donc, dans ce qu’il a avancé, aucun élément démontrant la nullité de cette opinion.
La controverse notoire est plutôt la suivante : est-il admissible qu’Allah – exalté soit-Il – fasse descendre ce dont le sens n’est pas compris ? Ar-Râzî est de ceux qui admettent cette éventualité dans l’une de ses deux opinions, et il s’est rangé à l’avis de ceux qui disent que nul, hormis Allah, ne connaît le taʾwîl, tout en soutenant, avec eux, que le taʾwîl correspond au sens même du texte.