Et s’il est allégué que la multiplicité est survenue dans le premier émané, l’objection se traite exactement comme celle qui concerne la pluralité procédant du premier effet : si ces réalités sont des entités existantes, il s’ensuit que, de l’Un absolument simple – dont, selon leur propre postulat, ne procède qu’un seul être – émanent plusieurs êtres ; et si elles relèvent du non-être (realités privatives), il en découle que, de cet Un simple décrit uniquement par des négations, procèdent des choses existantes et diverses. Leur phrase : « De l’Unique ne procède qu’un unique être », alors même que ces variétés procèdent de l’Originateur, implique soit l’annulation de l’unité qu’ils lui attribuent, soit la négation que ces choses diverses émanent de Lui, que ce soit par un intermédiaire ou sans intermédiaire.
À titre d’exemple, la seule huitième sphère, avec la multitude d’astres qu’elle porte, ne possède au-dessus d’elle, d’après eux, aucune série de causes distinctes qui justifierait la pluralité des étoiles qu’elle contient. Il en est de même pour le dixième Intellect quant à la multitude d’éléments et d’autres réalités qui dépendent de lui.
Quatrième aspect : si cet être est une cause parfaite et éternelle, son effet doit lui être concomitant, et tout ce qui est autre que Lui est son effet. Il en résulterait donc qu’il n’existe aucun événement nouveau dans l’être, ou que les événements n’ont pas de Créateur, deux propositions dont la fausseté est nécessairement évidente.
Et si l’on objecte que certains événements sont différés parce qu’ils dépendent d’un autre événement antérieur, nous répondons que ce qui vaut pour le premier événement vaut pour le second : il est impossible, lorsqu’un être est cause agissant par sa propre essence, que quoi que ce soit tarde à procéder de Lui, ou que son efficacité soit suspendue à la survenue d’un événement, à moins qu’il n’existe un autre que Lui.
C’est justement ce qu’ils affirment de l’Intellect agent : son effusion serait universelle, mais celle-ci dépendrait de la préparation des réceptacles. Or, cela est inconcevable pour Celui de qui procède toute chose et dont l’acte créateur n’est en rien tributaire d’autre chose que Sa propre Essence ; il n’est donc pas admissible que quoi que ce soit se trouve différé dans son émanation à partir de Lui.