Ainsi, la voie qu’avaient empruntée ces théologiens spéculatifs, faite de raisonnements intellectuels corrompus et d’interprétations déviantes, fut précisément celle qui poussa leurs émules jusqu’à l’ultime degré de l’athéisme, au paroxysme du démenti adressé aux Messagers, et à la ruine conjointe de la raison et de la religion. Ibn Sînâ et ses semblables se mirent alors à démolir la méthode adoptée par ces derniers pour établir la survenue du monde et l’existence du Créateur ; méthode qui reposait sur l’impossibilité d’une régression infinie des événements et sur le principe voulant que le jugement applicable au tout soit identique à celui qui vaut pour l’unité.
Abû l-Ḥusayn al-Baṣrî, l’un des plus fins de ces dialecticiens, fonde même l’essentiel de la religion sur l’argument suivant : si chaque événement particulier est advenu après n’avoir pas été, il en va de même pour l’ensemble ; de même que, si chaque individu zanj est noir, l’ensemble l’est également. Abû l-Maʿâlî et ceux de sa trempe affirment pour leur part que réunir l’affirmation de la contingence (ḥudûth) et la négation de l’acte divin dans l’éternité passée, c’est combiner deux contradictoires.
Les contradicteurs – qu’ils soient disciples des Prophètes ou adeptes des philosophes – leur répliquèrent : la distinction entre l’espèce et l’individu est patente. Ce que l’on récuse, c’est l’existence, dans l’éternité passée, d’un événement déterminé qui serait à la fois contingent et éternel, ou l’existence de l’ensemble des événements dans cette même éternité, de sorte que tous seraient éternels. Quant à la perpétuité d’événements se succédant les uns aux autres – de la même façon qu’ils se succéderont indéfiniment dans l’avenir –, rien dans la raison ne l’interdit ; il n’est pas possible de distinguer de façon pertinente le passé et le futur au regard du principe invoqué.
De plus, tout agrégat n’est pas nécessairement qualifié par ce qui qualifie ses éléments : il peut l’être lorsque l’ensemble ne confère aucun statut nouveau, et il peut ne pas l’être lorsqu’une propriété autre naît de la réunion. Le premier cas ressemble à la conjonction des existants et des inexistants, des possibles et des impossibles : leur agrégation ne les soustrait pas aux jugements attachés à ces attributs. Le second cas s’apparente à l’assemblage des parties d’une ligne, d’une surface, d’un corps ou d’une étendue.