Ce texte – et d’autres semblables traitant du commencement et du retour – doit, selon nous comme selon vous, être appréhendé exactement comme les textes portant sur les attributs divins.
Or, parmi ceux qui l’abordent, certains ont adopté la voie de l’interprétation allégorique (taʾwîl), à l’instar de quelques Qarmates : al-Nuʿmân, leur qâḍî, auteur d’Asâs al-Taʾwîl, Abû Yaʿqûb as-Sijistânî, auteur des Aqalîd al-Malakûtiyya et du Kitâb al-Iftikhâr, et d’autres de la même veine. Ces derniers ont rejeté le manteau de la pudeur, bravé la population et l’ont déroutée, allant jusqu’à prétendre que la prière consiste à connaître leurs arcanes ou à soutenir leurs imâms, que le jeûne n’est autre que la dissimulation de leurs secrets, et que le pèlerinage équivaut à rendre visite à leurs shaykhs ; propos qu’ils ne divulguent qu’en aparté, lorsqu’ils se retrouvent seuls entre « frères ».
Quant à ceux qui vécurent au milieu des musulmans, tels al-Fârâbî, Ibn Sînâ et leurs semblables, ils ne purent s’aventurer à de telles déclarations, sachant que leur fausseté sauterait aussitôt aux yeux. Ils dirent donc que les envoyés n’avaient parlé aux gens qu’au moyen d’images imaginatives, bénéfiques pour la foi en Allah et au Jour dernier, bien que les croyances qui en résultent soient, en elles-mêmes, erronées et sans correspondance avec la réalité. Le discours qui les suscite est, à leurs yeux, un mensonge dans son fond, mais un mensonge permis lorsqu’il sert à mettre les gens dans le droit chemin. Et celui d’entre eux qui répugne à qualifier cela explicitement de mensonge y voit l’art de l’allusion pratiqué par les sages, lesquels usent d’ambiguïtés dans l’intérêt de leurs adeptes.