S’il est admis que ces événements procèdent de la Cause complète éternelle, il s’ensuit qu’ils lui sont nécessairement concomitants. Or il n’est pas recevable que la Cause éternelle soit une cause complète pour l’un quelconque d’entre eux en particulier ; c’est là la condition du second cas, puisqu’un commencement déterminé se trouverait alors assigné à cette cause. À chacun de ces événements en précède un autre ; aucun d’eux ne peut donc être distingué plutôt qu’un autre. Il est, en outre, impossible qu’un seul d’entre eux constitue une cause complète d’événements successifs alors que la cause demeure dans un état unique : l’apparition d’un phénomène changeant à partir d’une cause complète qui, elle, ne change pas, est impossible.
Partant, si les événements contingents n’ont d’autre agent que la Cause complète éternelle, et s’il est inadmissible qu’un événement contingent émane de cette Cause complète éternelle, il s’ensuit que les événements contingents n’ont pas d’agent. Abû ʿAbd Allâh al-Râzî a déjà signalé ce point, sans toutefois l’exposer de façon exhaustive ; al-Armuwî l’a donc contesté, n’ayant pas saisi la véritable portée de l’objection. Il a cru qu’il existait une distinction entre la survenue des conditions de la cause et la survenue de l’essence même de la cause. Or une telle distinction n’est valable que s’il existe un facteur, distinct de la cause, qui exige l’apparition de ces conditions, de sorte que l’on puisse dire que son action est suspendue jusqu’à l’avènement de conditions supplémentaires produites par autre qu’elle. Mais s’il n’est de facteur pour les événements contingents que l’essence de la cause — posée comme complète et dont l’effet ne saurait se séparer — son efficience ne dépend d’aucune condition extérieure : son effet doit donc l’accompagner, et aucun événement contingent ne peut provenir d’elle.
Sache que tel est le pilier principal de leur argumentation en faveur de l’éternité du monde ; il apparaît cependant qu’il contredit leurs propres affirmations et ruine leur doctrine. Car le fondement même de leur discours est que l’Agent qui influe sur le monde doit être complet, de telle sorte que son effet ne puisse se différer ; or ce principe, précisément, exclut qu’il soit le producteur d’un quelconque événement contingent, que ce soit avec condition ou sans condition.