Les censeurs de cette méthode se répartissent en deux catégories.
La première la blâme parce qu’elle constitue une innovation (bidʿa) en Islam : nous savons, en effet, que le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — ne l’a jamais présentée aux gens, pas plus que les Compagnons. Elle est longue, périlleuse, prolifique en objections et en controverses ; quiconque s’y engage ressemble à un marin affrontant la mer en furie. Tel fut le reproche d’al-Ashʿarî, d’al-Khaṭṭâbî, d’al-Ghazâlî et d’autres encore, sans toutefois qu’ils en aient explicitement proclamé la fausseté.
La seconde catégorie la réprouve parce qu’elle renferme des prémisses fallacieuses qui n’atteignent pas le but recherché, mais le contredisent au contraire ; telle est la position des imâms du ḥadîth et de la majorité des Salaf.
Vint alors la faction des philosophes : lorsqu’ils virent que cette démonstration constituait l’argument principal des mutakallimûn pour établir la contingence du monde et l’existence du Créateur, ils discernèrent le point faible, à savoir l’affirmation qu’une succession éternelle d’événements est impossible. Ils dirent : « Cette voie implique que l’Artisan est resté, de toute éternité, privé de parole et d’action, puis qu’Il se serait mis, sans aucune cause, à parler et à agir. Or la raison pure atteste clairement la fausseté d’une telle idée. » Et d’ajouter : « Vous ne possédez aucun texte prophétique qui corrobore cela. »
Quant à l’information qu’Allah a créée les cieux et la terre en six jours, elle montre plutôt qu’Il les a façonnés à partir d’une matière préexistante, comme Il l’a dit :
﴿ثُمَّ اسْتَوَى إِلَى السَّمَاءِ وَهِيَ دُخَانٌ فَقَالَ لَهَا وَلِلْأَرْضِ ائْتِيَا طَوْعًا أَوْ كَرْهًا قَالَتَا أَتَيْنَا طَائِعِينَ﴾.
Il en va de même, au début de la Torah, d’un passage allant dans ce sens.
Ils dirent encore : « Certes, ce texte contredit notre thèse de l’éternité du monde, mais il ne contient rien qui étaye votre prétention selon laquelle le Créateur serait demeuré inactif. Partant, voici ce que nous disons à ce sujet… »