Ils ont soutenu en effet que l’Envoyeur ne peut être connu que par la réflexion spéculative et l’argumentation conduisant à la certitude de l’existence du Créateur. Ils ont dit encore : « Nulle voie n’y mène si ce n’est la démonstration de la contingence (ḥudûth) du monde ; et, poursuivirent-ils, on n’y parvient qu’en prouvant la contingence des corps. » Ils ajoutèrent : « Il n’existe à cela d’autre preuve que le raisonnement fondé sur les accidents, ou sur certains d’entre eux – tels le mouvement et le repos, ou le rassemblement et la séparation –, qu’ils appellent les ‘akwân, car le corps n’en est jamais dépourvu. Or ces accidents sont contingents, et ce qui n’est pas exempt de contingents est, de fait, contingent. »
Ils dirent encore : « Ce principe se décline en quatre étapes : l’affirmation de l’existence des accidents ; puis l’affirmation de leur contingence ; ensuite l’affirmation que le corps les implique nécessairement, ou du moins qu’il n’en est jamais exempt ; enfin la réfutation de l’hypothèse d’accidents successifs sans commencement. Dès lors, il s’ensuit la contingence du corps, d’où découle celle du monde, puisqu’il n’est constitué que de corps et d’accidents ; il devient donc nécessaire d’affirmer le Créateur, car toute chose contingente requiert un Auteur. »
Telle est la méthode qui constitue le fondement du kalâm que les pieux prédécesseurs (salaf) et les imâms ont notoirement blâmé ; et c’est pour cette raison qu’ils ont professé que le Coran est créé, qu’Allah ne sera pas vu dans l’Au-delà, qu’Il n’est pas au-dessus du Trône, et qu’ils ont renié les Attributs divins.