Il s’agit donc, affirment-ils, de celui qui a atteint l’ultime sommet ; selon eux, c’est là la substance même de l’enseignement des Prophètes et de ce à quoi adhéraient les anciens philosophes. C’est pourquoi Ibn Sabʿîn, au début de l’« Ijābah », déclare : « J’ai résolu de divulguer le secret de la Sagesse qu’Hermès des âges primordiaux indiqua par symboles, et d’exposer la science que la guidée prophétique voulut transmettre. »
Lui-même, Ibn ʿArabî et leurs semblables, dans l’agencement de leur appel, appartiennent à la même catégorie que les athées bâṭiniens chiites : leur doctrine initiale est celle des chiites, puis ils font passer l’adepte au rafḍ, ensuite à l’abandon des œuvres, puis au dépouillement des particularités de l’Islam, puis au dépouillement de toutes les religions, jusqu’à ce qu’il parvienne, selon eux, au « plus grand accomplissement » et à la « loi suprême ». Il devient alors un pur négateur, au point qu’ils disent : « Il n’existe entre nous et les philosophes d’autre divergence que l’affirmation de l’Existence », entendant par là le Créateur du monde ; si les philosophes renonçaient à cette affirmation, aucune divergence ne subsisterait entre eux et nous.
Tel est, en vérité, l’aboutissement ultime de l’appel de ces hérétiques. La force de leur égarement repose sur plusieurs éléments : leur conviction que le message des Envoyés recèle un sens intérieur contredisant son sens apparent ; la perplexité et le trouble qui les ont gagnés dans la compréhension de ce qu’ont apporté les Envoyés ; enfin, le constat que la voie empruntée par les théologiens spéculatifs ne procure aucun bénéfice.