« Vers moi se tournent tous les êtres, vers moi ;
Et personne ne relate que ce que j’ai voulu, que moi ;
Car je suis, en vérité, l’essence de toute chose ;
Et de moi procèdent toutes les sources des choses. »
Ils élevèrent donc son rang à tel point qu’aucun bien – subsistance ou charge – n’était accordé à quiconque sans que son seing n’y figure. Là, les croyants furent éprouvés et secoués d’une secousse violente, jusqu’à ce qu’Allah fasse disparaître leur autorité sur les musulmans, les abaissât après leur gloire, anéantît ceux qu’Il voulut d’entre eux, dévoilât leurs secrets et déchirât leurs voiles.
Ces gens-là entretiennent avec les mécréants des liens semblables à ceux que les Qarmates bâtiniens avaient noués avec eux, en raison de l’hostilité que nourrissent mécréants et hypocrites à l’égard des gens de la foi. C’est pourquoi les Bâṭiniyya et leurs partisans râfides, au Shâm et ailleurs, demeuraient unis aux infidèles et ennemis des croyants ; ils sont de leur même nature.
Parmi les causes de leur égarement figure le fait que, percevant la perfection dans la science et l’action – la science précédant l’action dans la voie spirituelle –, ils ont érigé la science spéculative en but ultime, partant du principe que la perfection de l’âme réside dans la connaissance. Ils ont alors considéré le fiqh – qu’ils tiennent pour science pratique – comme le degré le plus bas. Au-dessus vient, selon eux, le kalâm : une science théorique adaptée, pensent-ils, au commun, puisque le mutakallim prétend défendre la croyance révélée à l’aide de preuves décisives, textuelles et rationnelles, faisant d’elle une doctrine démontrée.
Or, ces gens s’imaginent que ce qu’annoncent les Messagers est destiné à la masse, tandis que la réalité, connue des seuls élus, constitue un ordre intérieur que ne révèle pas l’apparence du discours prophétique. C’est pourquoi ils placent le mutakallim au-dessus du faqîh. Ils scindent la croyance en deux formes : la croyance nue, réservée aux gens du commun, et la croyance assortie de ses démonstrations, destinée aux élites.
Vient ensuite le philosophe ; à leurs yeux, il pénètre les théories ésotériques que les Messagers n’ont point dévoilées mais seulement suggérées et symbolisées. Puis vient le soufi, parce qu’il réunit, affirment-ils, la spéculation rationnelle et la dévotion intérieure ; dès lors, la connaissance se mue pour lui en vision directe. Enfin arrive le « réalisé » selon leur principe : celui qui atteste que l’existence n’est qu’une seule et même réalité.