Ils estiment légitime qu’un homme s’attache au judaïsme ou au christianisme tout comme il s’attache à l’islam, et ils tiennent ces confessions pour des voies menant à Allah, à l’égal des écoles des musulmans. Ils disent à ceux des chrétiens et des juifs qui leur sont proches : « Si vous avez atteint l’état de la “réalisation” (at-taḥqîq), le fait de demeurer dans votre religion ne vous portera aucun préjudice. » Ils tiennent même un discours semblable aux polythéistes, adorateurs des idoles.
Ainsi, un homme éminent parmi les juges — autrefois l’un des disciples d’Ibn ʿArabî —, lorsque le roi des Turcs idolâtres, Hûlâgû Khân le polythéiste, entra au Šâm, le nomma qâḍî et arriva à Damas, se mit à glorifier ce souverain, bien qu’il eût infligé à l’islam et à ses fidèles, à Bagdad, Alep et ailleurs, des exactions notoires. L’un des étudiants en jurisprudence présents alors lui dit : « Ô mon maître, si seulement il était musulman ! » Mais le juge s’emporta contre lui avec une violence telle qu’il en fut effrayé, déclarant : « De quel besoin cet homme a-t-il de l’islam ? Quel bénéfice l’islam retirerait-il de ce qu’il soit musulman ou non ? », et des paroles de cet acabit.