On demanda un jour à ʿAbd Allâh ibn al-Mubârak : « Par quoi connaissons-nous notre Seigneur ? » Il répondit : « Par le fait qu’Il est au-dessus de Ses cieux, établi sur Son Trône, distinct de Sa création. » Tel fut également l’avis de tous les imâms, tels Aḥmad ibn Ḥanbal, Isḥâq ibn Râhawayh, ʿUthmân ibn Saʿîd, al-Bukhârî et bien d’autres. Au point que Muḥammad ibn Isḥâq ibn Khuzayma, surnommé « l’Imâm des imâms », déclara : « Quiconque n’affirme pas qu’Allâh est au-dessus de Ses cieux, sur Son Trône, distinct de Sa création, on l’invite à se repentir ; s’il se repent, soit ; sinon, qu’il soit mis à mort. » C’est ce qu’ont rapporté à son sujet al-Ḥâkim Abû ʿAbd Allâh an-Naysâbûrî, son compagnon honoré du titre de Shaykh al-Islâm Abû ʿUthmân aṣ-Ṣâbûnî, ainsi que d’autres auteurs.
Les illustres shaykhs mentionnés par Abû ʿAbd ar-Raḥmân as-Sulamî dans « Ṭabaqât aṣ-Ṣûfiyya » et par Abû al-Qâsim al-Qushayrî dans sa « Risâla » étaient, quant à eux, sur la voie d’Ahl as-Sunna wal-Jamâʿa et sur l’école des traditionnistes ; citons al-Fuḍayl ibn ʿIyâḍ, al-Junayd ibn Muḥammad, Sahl ibn ʿAbd Allâh at-Tustarî, ʿAmr ibn ʿUthmân al-Makkî, Abû ʿAbd Allâh Muḥammad ibn Khafîf ash-Shîrâzî, entre autres. Leurs propos sont consignés dans la Sunna, et ils ont composé des ouvrages à ce sujet.
Cependant, certains de leurs continuateurs adoptèrent, pour quelques questions secondaires de croyance, la méthode de certains théologiens spéculatifs (ahl al-kalâm). Aucun, toutefois, n’épousa la doctrine des philosophes ; l’influence philosophique n’apparut qu’au sein des soufis postérieurs. Dès lors, on vit les soufis se répartir : tantôt sur la voie des soufis appartenant aux traditionnistes – les meilleurs et les plus éminents –, tantôt sur une croyance spécifiquement soufie, tantôt sur la croyance des soufis adeptes du kalâm – de rang inférieur –, et tantôt sur la croyance des soufis philosophes, semblable à celle de ces mécréants.
C’est pourquoi Ibn ʿArabî, au début de ses « Fatûḥât », évoqua trois credo : un credo concis tiré de « l’Irshâd » d’Abû al-Maʿâlî, avec ses arguments spéculatifs