Quant à l’énoncé complet du reste de ce passage, quel qu’il soit, si l’on en admet l’authenticité, il relève soit des sept modes révélés, soit de ce dont la récitation a été abrogée. Dans l’un et l’autre cas, il reste possible que la formulation du verset ne renferme aucune preuve de l’infaillibilité du muḥaddath ; au contraire, il y est question de l’abrogation de ce que le diable insinue dans la récitation du Prophète-Messager, à l’exclusion du muḥaddath. Et quand bien même il serait établi qu’Allah – exalté soit-Il – supprimait ce que Satan faisait pénétrer dans le cœur des muḥaddathūn des communautés antérieures, cela n’implique nullement qu’une révélation leur parvînt à cet effet ; la suppression s’opérait plutôt par confrontation avec les prophéties reconnues : si l’inspiration les contredisait, elle était rejetée.
Ainsi, la sauvegarde du walī réside dans l’observance du Livre et de la Sunnah. Nul doute, en effet, que la Sunnah – comme az-Zuhrī le rapportait de nos pieux prédécesseurs – faisait l’objet de cette maxime de nos savants d’antan : « Se cramponner à la Sunnah est un salut. » Imâm Mâlik disait encore : « La Sunnah est l’arche de Noé : qui y monte est sauvé, qui s’en détourne se noie. »
Si toutefois l’on supposait que le muḥaddath, chez les nations précédentes, abrogeait lui-même ce que Satan jetait dans ce qu’il recevait, sans se référer à une révélation prophétique, il en résulterait que ces peuples étaient tenus de suivre le muḥaddath sans restriction, Allah l’ayant préservé de l’erreur ; or il ne nous a pas été ordonné d’en faire autant. La raison en est que les peuples antérieurs ne se suffisaient pas d’une seule prophétie : ils recevaient une partie de la religion de tel Prophète, une autre de tel autre, chacun confirmant son homologue. Ainsi, les Prophètes des fils d’Israël étaient commandés de suivre la Torah, et le Messie leur rendit licites certains interdits tout en les renvoyant, pour la plupart des jugements, à la Torah.
Quant à la prophétie de Muḥammad – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui –, elle suffit pleinement à sa communauté, comme le Très-Haut l’a dit :
« Ne leur suffit-il donc pas que Nous ayons fait descendre sur toi le Livre, qui leur est récité ? Il s’y trouve certes miséricorde et rappel pour des gens qui croient. » (Coran 29 : 51)