Le traité « Mishkāt al-Anwār » fait allusion à ce principe corrompu. C’est sur cette base qu’Ibn Qasī a édifié son ouvrage intitulé « Khalaʿ al-Naʿlayn » et y a prétendu que ses inspirations étaient d’origine hébraïque ; autrement dit, il se serait, selon lui, assimilé à Mûsâ fils de ʿImrân, lorsqu’il se dépouilla des préoccupations de ce bas-monde et de l’au-delà, de sorte que les allocutions divines lui furent adressées.
De là, les gens ont porté contre l’auteur de « Mishkāt al-Anwār » des reproches extrêmement graves ; les philosophisants se l’approprient à cause de cet ouvrage et de ceux qui lui ressemblent, tandis que ses partisans soutiennent qu’il s’est rétracté de tout cela, comme il l’a mentionné dans plus d’un écrit. Certains affirment même que ces livres lui sont faussement attribués et ne sont pas de sa plume. On lui a d’ailleurs reproché, dans l’Iḥyāʾ et ailleurs, des passages de cette nature et de semblables, comme l’ont fait les disciples d’Abû l-Qâsim al-Qushayrî, ceux d’Abû l-Maʿâlî al-Juwaynî – tel Abû l-Ḥasan al-Marghînânî et d’autres –, ainsi que son compagnon Abû Bakr Ibn ʿArabî. Notre shaykh Abû Hâmid a dit : « Il entra dans le ventre des philosophes ; puis il voulut en sortir, mais n’y parvint point. » Il en alla de même pour Abû Bakr al-Fihri al-Ṭurṭûshî, Abû ʿAbd Allâh al-Mâzarî, Abû l-Wafâʾ Ibn ʿAqîl, Abû l-Bayân ad-Dimashqî, Abû l-Faraj Ibn al-Jawzî, Abû ʿAbd Allâh Muḥammad Ibn Ḥamdîn al-Qurṭubî, Abû Muḥammad al-Maqdisî, Abû ʿAmr Ibn aṣ-Ṣalâḥ et bien d’autres encore.
Le propos, ici, est que parmi ceux qui soutiennent que la parole d’Allah adressée à Mûsâ ne fut qu’un effluve déversé sur lui, certains prétendent avoir été interpellés d’une manière supérieure à celle dont Mûsâ le fut. À notre époque, on trouvait des gens qui affirmaient cela ; ils disaient que Mûsâ fut interpellé de derrière le voile des lettres et des sons, tandis qu’eux conversent en-deçà de ce voile, entendant en eux-mêmes des lettres et des sons : voilà, selon eux, ce qu’ils entendaient.